La 17e chambre correctionnelle du Tribunal Judiciaire de Paris a tranché: il est diffamatoire d'indiquer que François Antoine Mariani aurait offert un diplôme à Gabriel Attal.
Pourtant, les faits sont assez clairs, et l'audience a permis de les établir, grâce au témoignage d'une subordonnée de M. Mariani, alors directeur du master d'affaires publiques de SciencesPo Paris.
Gabriel Attal, fait très rare à SciencesPo, a redoublé sa deuxième année du master affaires publiques. Incapable de satisfaire aux exigences pédagogiques de l'institution, il ne fait pas partie des diplômés conditionnels de sa promotion (2012): il est simplement recalé et doit recommencer.
Miracle, il est cependant recruté au même moment par la mère de sa meilleure amie, Marisol Touraine, comme conseiller parlementaire, peu après la fin de l'année universitaire. Il a alors 22 ans.
Il demande donc un "arrangement" de scolarité à SciencesPo, se prévalant de cet exploit. La direction, probablement de bonne foi et qui ne sait pas dans quelles conditions son recrutement est intervenu, lui propose en conséquence des conditions particulièrement alléchantes: plutôt que de suivre les 24 heures de cours magistraux et travaux dirigés d'économie, de passer les galops d'essais et les examens écrits, il pourra suivre un webinaire, sans vérification de sa présence. Plutôt que de faire de même avec le module de droit public, il pourra proposer un mémoire - dont personne ne vérifiera la provenance. Etc.
Le document qui l'établi a été fourni... par Gabriel Attal à François Antoine Mariani, comme cela a été reconnu à la barre par ce dernier - ce qui tend à démontrer que tous deux agissaient de concert, comme Juan Branco l'avait affirmé. On peut comprendre : il aurait été dangereux pour Gabriel Attal de s'exposer à une défaite judiciaire dans un timing politique si sensible.

Gabriel Attal a donc bien bénéficié, au sens figuré du terme puis qu'il semble nécessaire désormais de le préciser, d'un régime de faveur... et d'un diplôme qui, pour rester dans l'euphémisme, a été pour le moins "allégé" - ce qui n'arrivait, selon le témoin appelé à la barre par François-Antoine Mariani, que dans des circonstances particulièrement exceptionnelles. Circonstances exceptionnelles dont on peine à deviner le contour en l'espèce.
La 17e chambre correctionnelle a considéré qu'il n'était pour autant pas possible d'affirmer que François-Antoine Mariani aurait directement et personnellement été impliqué dans les faits sans commettre une diffamation.
La chose apparaît discutable, et il apparaît peu probable que la cour d'appel ne revienne sur cette interprétation. En effet, comme cela a été démontré à l'audience, c'est bien sur proposition de l'équipe pédagogique dirigée par... François-Antoine Mariani que ce diplôme a été ainsi "reconfiguré". Ce qui a permis à Gabriel Attal de l'obtenir sans assister aux cours ni satisfaire aux obligations normales de scolarité.
Au cours de l'audience François-Antoine Mariani, qui avait semble-t-il parfaitement compris les enjeux, a joué d'une mémoire particulièrement sélective, préférant prétendre ne pas se souvenir de ce dossier en particulier, sans nier explicitement être intervenu. Ce qui a pu lui valoir la protection du Tribunal. Il a également bénéficié d'un fait incontestable: un jury a validé la proposition de l'équipe pédagogique qui, au demeurant, a parfaitement pu agir de bonne foi.
Les éléments produits par Juan Branco, établissant notamment que l'un des membres des jurys de SciencesPo considérait que cette diplomation avait bien été le fruit d'un arrangement, et qu'elle était intervenue dans un cadre qui bénéficiait au demeurant régulièrement à des personnes proches du pouvoir, ont pu bénéficier, de façon très paradoxale, à François-Antoine Mariani.
Il est aussi fort possible que la 17e chambre correctionnelle, en décidant d'une peine symbolique de 500 euros d'amende avec sursis, ait préféré s'éviter un esclandre qui aurait été interprété comme une humiliation pour le peut-être futur Président de la République, et garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire.
Il faut dire que les arrangements avec les diplômes sont devenus un classique en macronie, dont le manque de légitimité d'une grande partie des "pontes" a été parfois difficile à maquiller. Gabriel Attal, qui faisait état d'une "licence" en droit à Assas qu'il n'a en réalité jamais validé, n'est pas le seul à avoir été pris les doigts dans le pot de confiture.
Souvent dénués de métier ou de diplômes, nombre de premiers ministres et de ministres ont ainsi pu accéder ces dernières années aux sommets de la République grâce à leur relationnel et à des passes droit, plutôt qu'à leur talent, leur expérience professionnelle ou leur parcours universitaire. Juan Branco, qui a notamment été à l'origine des révélations concernant la falsification du parcours de Sébastien Lecornu, en sait quelque chose, et n'a pas utilisé sans raison le cas de l'alors inconnu Gabriel Attal dans Crépuscule, lui prédisant bien avant d'autres un parcours aussi fulgurant que difficile à justifier. Embarrassé par cette exposition de ses compromissions dont aucun élément n'a depuis été démenti, Gabriel Attal avait contre-attaqué en invoquant a posteriori une persécution dont il prétendait faire l'objet depuis l'enfance, se victimisant devant des millions de personnes dans un 7 à 8 négocié avec Thierry Ardisson et Audrey Crespo Mara. Cette opportune inversion, sans contradictoire comme d'habitude, lui avait permis de se placer en victime et ainsi d'avoir à répondre aux révélations qui l'éclaboussaient.
Que peut expliquer que, dans ce contexte, notre consœur du Canard enchainé Marine Babonneau, qui affirme qu'elle était présente à l'audience, ait publié deux articles persifleurs à ce sujet, pour descendre Juan Branco plutôt que pour contextualiser et faire connaître ces éléments, que personne n'avait révélé auparavant ? Si Juan Branco est devenu, pour d'obscures raisons, la tête de Turc préférée d'un certain journalisme parisien, les éléments qui ont été exposés apparaissaient intéressants non seulement au sujet de notre personnel politique ; de la sincérité du peut être futur président de la République et son rapport à la vérité ; mais également sur le fonctionnement de cette supposée grande école et la valeur de son diplôme.
En alimentant à force de grands titres le narratif d'un complotisme débridé, le Canard semble s'être égaré. D'autant plus qu'aucun autre organe de presse n'ayant cherché à s'intéresser à ces basses cuisines, la journaliste aurait eu l'opportunité, non de régler quelque compte sans intérêt, mais de faire connaître ces éléments à son lectorat, dont l'âge moyen l'éloigne structurellement des réseaux où ces informations ont été largement partagées.
Cette procédure a en effet permis de démontrer que la publication visée, et les éléments subsidiaires, reposaient sur des éléments solides, qui ont été confortés à l'audience, tout l'avaient été, les années précédentes, les nombreuses autres révélations de Branco qui ont touché non seulement Gabriel Attal, mais une grande partie du personnel politique Français. Et dont on sait commet il a eu, et continue à devoir le payer.
Un choix éditorial aurait pu amener à louer l'exposition, courageuse, de ces faits. Le Canard est évidemment libre de son positionnement. Mais son histoire, son poids et les présomptions qui s'y rattachent pèsent nécessairement.
En alimentant au contraire le narratif d'un candidat à la présidentielle disposant de puissants relais institutionnels et médiatiques, dont la fausseté est pourtant largement établie, et en psychologisant l'affaire, ce média tend à s'éloigner du travail d'information et de dévoilement des coulisses du politique, pour devenir le simple relais d'un "narratif" communicationnel éculé.