Combien payeriez-vous pour pénétrer l'intimité de Brigitte Macron, de Gabriel Attal ou de tout autre acteur politique français de premier plan ?

Combien payeriez-vous pour pouvoir détruire la réputation de vos ennemis, et protéger la votre ?

Utiliseriez-vous à cette fin des financements publics ?

Combien, enfin seriez-vous prêts à payer pour avoir un accès immédiat, illimité aux sons, images et écrits captés par n'importe quelle personne sur la planète ?

Quelqu'un a mis un prix ces rêves.

Et ce prix est de 50.000 euros par tête.

Dans cette longue enquête, nous vous offrons une plongée inédite dans le monde sombre de l'espionnage privé. À travers la publication de documents secrets, cela vous permettra de voir de l'intérieur les techniques utilisées par les Français les plus puissants, ainsi que de nombreux États et acteurs étrangers pour nous manipuler. Un voyage initiatique entre les opérations de Jeffrey Epstein pour protéger sa réputation, les échanges secrets des équipes de Gabriel Attal pour détruire ses principaux opposants, l'espionnage israélien de Brigitte Macron ou encore le fonctionnement interne des entreprises privées ouest-africaines payées rubis sur l'ongle pour surveiller, mentir et manipuler.

Cette plongée unique dans la fabrique du pouvoir, et de certaines des plus puissantes agences de renseignement et de communication mondiales, va vous amener de la banlieue de Tel Aviv jusqu'au cœur de l’Élysée, en passant par les tréfonds de Wikipedia et d'une infinité de fermes à troll. Un monde où la loi ne s'applique pas. Accrochez-vous.

La genèse

Comment le cheval de Troie PEGASUS a été ressuscité

Le scandale PEGASUS avait permis de découvrir qu'une entité privée israélienne proposait à la vente un logiciel espion utilisé par plus de 90 États, et une infinité d'entreprises, pour espionner des citoyens, opposants et dirigeants dans le monde entier.

La révélation de ce scandale, et de l'utilisation de ce logiciel pour s'attaquer aux plus puissantes entités de la planète, avait amené à la quasi-disparition de la société NSO GROUP, engloutie sous les procédures judiciaires. Près de 1400 personnes avaient été ciblées sur Facebook seulement par ce logiciel.

Ce qui est moins su, c'est que cette entreprise s'est reconstituée de façon discrète sous le nom de BOLD. Cette dernière a développé un nouveau logiciel d'espionnage, nommé TUCAN, plus puissant que PEGASUS.

Pour 50.000 euros, la société BOLD permet désormais d'avoir accès à l'ensemble des données de n'importe quelle cible. De la localisation en direct à l'obtention des sons et images captés par leurs téléphones portable et ordinateurs, BOLD permet de surveiller 24H sur 24 une personne, sans qu'aucune action n'ait à être menée par l'utilisateur.

"Le jeu n'est pas équitable quand un des joueurs sait tout de l'autre. Soyez ce joueur". BOLD

PEGASUS permettait déjà de transformer en dispositifs d'écoute des téléphones portables et ordinateurs. Cela avait donné l'occasion au Maroc de cibler les communications d'Emmanuel Macron. Mais c'est surtout des milliers de lanceurs d'alerte, journalistes et opposants qui avaient été visés de par le monde, entraînant leur arrestation, torture, et comme cela a été le cas du journaliste saoudien Khashoggi, leur assassinat.

En tout, plus de 80.000 personnes avaient été infectées par ce seul logiciel à la demande d'États et d'entreprises privées diverses, en coordination avec le gouvernement israélien.

BOLD était immédiatement créée sur les cendres de NSO, 19 des 25 premiers employés de Bold en provenant, sous la direction de Rami Dabush (PDG), Jean-Claude Haddad (chargé des ventes) et Paul Friedberg.

Shalev Hulio, fondateur de NSO

Son fondateur, Schlomi Fogel, est un ami intime de Benyamin Netanyahou, et a été utilisé pour transférer, à la demande de ce dernier, des milliards de dollars du Qatar vers le Hamas dans les années précédant le 7 octobre 2023. Certains rapports consultés par le quotidien Times of Israel, affirment que ces fonds ont permis de financer directement l'attaque du Hamas. Ces allégations et les publications de Haaretz ont déclenché un des plus grands scandales politiques de l'histoire d'Israël.

Schlomi Fogel, fondateur de NSO

La société prend appui sur les unités d'élite de Tsahal et leurs unités spécialisées dans la cybernétique, récupérant des membres de l'unité 8200 et d'autres branches de l'armée israélienne, notamment de l'armée de l'air.

L'ancien ambassadeur de France à l'ONU, à Tel Aviv et à Washington, Gérard Araud, siégeait au conseil d'administration de NSO alors que celle-ci espionnait le président de la République.

Les liens de NSO et de BOLD avec les pouvoirs occidentaux sont nombreux. L'ancien ambassadeur de France Gérard Araud siégeait au conseil d'administration de la société alors qu'elle espionnait de nombreuses cibles françaises, dont le Président de la République. En plein scandale lié à PEGASUS, Sebastian Kurz, ancien chancelier autrichien, a quant à lui lancé une start-up, DREAM, avec Shalev Hulio et l'appui d'un des fonds d'investissements états-uniens les plus puissants, BAIN Capital.

Description de la structure dirigeante de la startup DREAM créée par le fondateur de NSO

Leurs services ont continué d'être utilisés par de nombreuses entreprises et États à travers le monde alors même qu'un scandale public distrayait l'opinion. Aucune procédure pénale criminelle sérieuse n'était menée à l'encontre de leurs dirigeants, qui ont pu continuer à prospérer sans rencontrer de difficultés sérieuses, malgré l'indignation générale. Des concurrents, profitant de la perte de vitesse de NSO avaient d'ailleurs rapidement pris le relais, comme Candiru, Paragon - utilisé par le gouvernement de Giorgia Meloni en Italie pour espionner des opposants et journalistes - ou l'entreprise israélienne COGNYTE, devenue le fournisseur des gouvernements indiens, serbes, colombiens kenyans, marocains, jordaniens, thailandais et indonésiens, leur permettant à leur tour de cibler des journalistes et des opposants politiques.

Ciblage de Brigitte Macron par la société BOLT et son logiciel ROBIN

Aux côtés de dizaines d'autres entreprises, Blackcube, BlueHawk et bien d'autres entreprises appartenant au même écosystème israélien proposaient quant à elles des ciblages personnalisés contre des ONG et des militants des droits de l'homme, par la création de faux profils permettant à des membres des agences de renseignement de se faire passer pour eux et de les approcher. Quant à l'entreprise Intellexa, là encore israélienne, elle proposait dès 2022 des paquets d'abonnement permettant de pénétrer grâce à son logiciel Predator et de transformer en dispositifs espions plusieurs centaines de téléphones, à 80.000 euros l'unité.

Le logiciel est encore actif, utilisant notamment des failles 0-clicks sur Whatsapp, et utilisé dans l'Union Européenne, son exploitation passant par des sociétés-écrans tchèques.

Espionner les puissants

Les logiciels ROBIN et TUCAN, une porte d'entrée dans l'intimité des grands de ce monde

Aujourd'hui BOLD commercialise de façon massive deux logiciels, ROBIN et TUCAN. ROBIN permet de présenter une "toile" afin d'identifier tous les interlocuteurs d'une personne ciblée, en exploitant les métadonnées associés à des comptes liés à des numéros de téléphone et des réseaux sociaux, dont les échanges sur un certain nombre de logiciels, y compris Whatsapp.

Interface de connexion au logiciel espion ROBIN

BOLD propose, à titre d'exemple, de s'attaquer à Brigitte Macron et Gabriel Attal, alors premier ministre, pour démontrer ses capacités techniques.

Ciblage de Gabriel Attal par la société BOLT et son logiciel ROBIN

Interface utilisée pour identifier les cibles à surveiller, et le pays d'origine

Proposition de construction de graphs relationnels, à partir d'une cible et choix de degrés de séparation

Ces analyses sont particulièrement utiles en soi, mais aussi pour déterminer quelles "cibles secondaires" peuvent être choisies dans le cas où des difficultés techniques empêcheraient d'espionner les personnes ciblées.

Exemple de graph relationnel proposé par la société BOLD

C'est d'ailleurs de façon parfaitement opportune que TUCAN permet quant à lui, en exploitant des failles "0-day" et "0-click", de pénétrer les téléphones et dispositifs de communication des personnalités ainsi identifiées et visées, afin de voler l'intégralité de leurs données. Mais ce n'est pas tout.

En un claquement de doigt, tout ce qui est dit, et vu par les caméras et micros du téléphone en question peut être retransmis en temps réel.

En un claquement de doigt, tout ce qui est dit, et vu par les caméras et micros du téléphone en question peut être capté, et retransmis en temps réel au commanditaire.

Il en va évidemment de même pour tout ce qui est écrit, reçu, et affiché sur l'écran du téléphone portable.

Cet accès permet de contourner toutes les protections et chiffrements proposés par les applications comme Signal, Telegram, Whatsapp ou iMessage, les rendant parfaitement inutiles.

Et cela, de façon parfaitement invisible pour l'utilisateur. C'est ainsi qu'il n'est plus nécessaire de lui faire cliquer sur un lien pour infecter les dispositifs visés.

Enfin, BOLD propose l'exploitation de ces données par une troisième solution MAESTRO, un concurrent des systèmes d'agencement et d'analyse proposés par PALANTIR, qui permettent d'organiser des masses de données récoltées par des dispositifs de surveillance et de les rendre exploitables à travers une interface visuelle.

Le journaliste d'investigation Thomas Dietrich a dévoilé que des clients institutionnels sur le continent africain procèdent régulièrement à faire usage de ce logiciel. Les nouvelles autorités sénégalaises ont montré leur intérêt et des démonstrations ont été faites aux autorités du Bénin et du Cameroun, tandis qu'il est acquis que la Côte d'Ivoire et la RDC ont procédé à l'achat de licences.

Si l'espionnage d'Emmanuel Macron par PEGASUS a provoqué une crise diplomatique entre la France et le Maroc, curieusement, aucune conséquence ne s'est faite ressentir dans les relations avec Israël.

Contactés, BOLD, Brigitte Macron et Gabriel Attal n'ont pas souhaité réagir. À la suite des révélations de l'espionnage d'Emmanuel Macron, une crise diplomatique entre le Maroc et la France était intervenue, entraînant des conséquences majeures sur l'influence de la France dans la région, amenant donc à une reconnaissance précipitée du Sahara occidental et à la rupture des relations diplomatiques avec l'Algérie. Curieusement, aucune conséquence n'était intervenue dans les rapports avec le gouvernement d'Israël et avec Benjamin Netanyahou.

Emmanuel Macron renforcerait au contraire son soutien à celui-ci, allant jusqu'à proposer la constitution d'une coalition internationale au lendemain du 7 octobre 2023 pour intervenir militairement à Gaza aux côtés de Tsahal, et continuant encore aujourd'hui à autoriser le survol du territoire français par le premier ministre israélien, malgré l'existence d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale.

L'écosystème de l'espionnage privé

Comment les États délèguent la gestion de leur linge sale

La France fait elle-même appel à des solutions d'espionnage et de traitement de données étrangères. Sous dépendance de la CIA, la DGSI travaille avec PALANTIR, une société dirigée par Alex Karp qui n'hésite pas à revendiquer sa contribution à des assassinats ciblant des opposants aux pouvoirs états-uniens. La DGSE, elle, dispose d'instruments similaires à ceux de BOLD, et n'hésite pas en faire usage, comme le rappelait encore cette semaine le Canard enchainé.

Encadré du canard enchaîné en date du 28 janvier 2026

Foretech, Diateam et d'autres entreprises françaises servant l'armée et les forces de l'ordre Françaises ont fait ces dernières années l'objet d'acquisitions par des entités étrangères, notamment italiennes, sans guère de résistance de la part de nos autorités.

Israël est omniprésent dans ce domaine : c'est ainsi à la société de Petah Tikva Cellebrite que font appel, depuis 2009, les forces de l'ordre françaises pour extraire et traiter les données des téléphones, ordinateurs et cartes mémoires des suspects placés en garde à vue ou perquisitionnés. La société propose de nombreuses solutions, dont des "kiosques" et des mallettes portables qui permettent d'agir in situ. La France en a commandé plusieurs centaines, distribuées sur tout le territoire. Ses dispositifs donnent la possibilité de s'attaquer à la quasi-totalité des dispositifs existants, y compris les très sécurisés Google Pixel, utilisés en combinaison avec Graphene par de nombreux militants des droits de l'homme. Le ciblage de ce système d'exploitation n'est évidemment pas l'apanage du seul Cellebrite.

Tableau interneprésentant les différentes capacités techniques de Cellbrite contre les Google Pixel

Des portes dérobées permettent à la société de récolter partie ou totalité des données, malgré les promesses habituelles, et de les partager avec le gouvernement israélien. L'activité de l'entreprise est si florissante que le cours de ses actions a cru de 306% en trois ans.

Malette Cellebrite utilisée pour les extractions de données

Ces solutions maison s'ajoutent à une multiplicité de propositions de récolte, d'exploitation et de visualisation faites par des acteurs privés Français, dont le fournisseur le plus connu est CHAPSVISION, qui propose notamment des instruments d'interception et de géolocalisation avancés, utilisés notamment par les forces de l'ordre, auquel nous avons eu un accès exclusif.

Portail de connexion de DEVERYLOC, service de localisation en direct

Page interne du logiciel DEVERYLOC de ChapsVision

Ce logiciel permet depuis déjà vingt ans de rapprocher tous les dispositifs téléphoniques "bornant" à proximité, avec différentes analyses des récurrences de fréquentation permettant d'établir des liens entre les personnes surveillées, sans même avoir à s'attacher aux communications effectives. Loin de se contenter de servir à des usages légaux, les instruments conçus ou rachetés par ChapsVision sont régulièrement utilisés contre des personnes vulnérables dans des régimes autoritaires, comme cela a été le cas pour les dispositifs d’espionnage conçus par Nexa Technologies, rachetés par ChapsVision et licenciés au gouvernement égyptien.

Quant à Israël, il dispose de nombreuses entreprises rattachées à l'État et travaillant pour son gouvernement, qui offrent des solutions techniques utilisées par les États du monde entier pour monitorer leurs données. Par exemple, à quelques pas du siège de BOLD, dans la ville de Herzliya, ULTRA propose un système PELICAN, utilisé par plus de 40 états, permettant de tracer l'ensemble de leurs opérations douanières et la circulation de leurs marchandises. Ironiquement, les autorités israéliennes, qui savent les dangers associés à ces systèmes, ne les utilisent pas elles-mêmes, malgré des propositions d'utilisation à titre gratuit leur ayant été faites. Son fondateur, Ben Tzion, est un pilote de l'armée de l'air, et à travaillé huit ans au sein de la prestigieuse et puissante unité de collecte de renseignement de cette branche de Tsahal, aussi puissante et bien plus discrète que sa grande sœur 8002.

Leurs membres sont sélectionnés dès le lycée, et subissent toute une série de vérifications, dont des tests polygraphiques, avant d'être recrutés. Les dirigeants ont été formés à l'unité 8002, à l'infanterie et à l'unité de renseignement de la marine israélienne. Le fond d'investissement, Awz Ventures, est la création d'un ancien garde du corps de certaines des plus hautes autorités israéliennes.

Systrème de surveillance des flux douaniers PUBLICAN

Comme les États-Unis avec PALANTIR, les services de renseignement israéliens disposent évidemment de points d'entrée au sein de ces systèmes qui demeurent actifs en permanence, et leur permettent non seulement d'amasser de précieuses données afin de renforcer leurs entreprises, mais également de cibler spécifiquement des transactions diverses.

À Tsahal, il y a l'unité 8200, désormais fameuse. Mais il y a aussi, au sein de l'armée de l'air, une pouponnière de hackers bien plus dangereuse...

Enfin, l'utilisation de ces prestataires par des régimes politiques divers est un secret de polichinelle. De nombreux intermédiaires sont par ailleurs utilisés pour éviter qu'une découverte de l'utilisation de ces instruments produise un quelconque scandale.


La destruction des opposants

De Jeffrey Epstein à Gabriel Attal en passant par Patrice Talon : plongée dans les méthodes et l'intimité des puissants

Passons de la théorie à la pratique, en plongeant dans le fonctionnement de l'une des entreprises d'intermédiation qui offrent leurs servies à des États et entreprises privées.

L'un des plus influents acteurs de l'espionnage privé en Afrique de l'Ouest est Stéphane Konan, qui est notamment utilisé par M. Ouattara en Côte d'Ivoire et par M. Talon au Bénin pour faire usage des logiciels de BOLD contre des opposants, mais aussi des concurrents d'opérateurs économiques étrangers.

Les différentes sociétés de Stéphane Konan ont développé un écosystème intégré qui a été utilisé par la France et les autorités Béninoises dirigées par Patrice TALON afin de cibler un certain nombre d'opposants politiques, dont Kemi Seba, et promouvoir des narrations favorables au pouvoir, dépéignant le général TIANI comme un "officier de rang inférieur dont la réussite est attribuée à la culture de médiocrité du Niger".

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur la fabrication de faux articles

Patrice Talon, le chef d'État béninois, se voyait lui décrit dans des textes transmis à des "consultants" travaillant de nuit pour "publication et partage" comme un "nom qui résonne avec succès dans le monde des affaires et de la politique" dont ses opposants seraient "jaloux", des biographies sur commande étant distribuées afin de les disséminer de façon massive.

Cet écosystème avait pour vocation à la fois de détruire la réputation de Kemi Seba, en produisant plusieurs centaines de mauvais articles par jour, s'attaquant à ses pages Wikipedia et en alimentant des fermes à troll, mais également de le suivre à la trace, identifiant ses interlocuteurs, ses déplacements, et accumulant des informations sur ses activités et son intimité.

À l'inverse, il proposait des contenus à destination d'influenceurs payés pour défendre le régime et qualifiés couramment de "klébés", louant les initiatives diplomatiques de l'État béninois et ses "succès locaux", à Sètovi et ailleurs.

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur la fabrication de fausses informations

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur les éléments de langage à transmettre aux "klébés"

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur l'identification des cibles

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur l'orientation des commentaires des faux comptes qu'ils alimentent

Particulièrement réactives et dotées d'équipe de veille, ces structures privées surveillent en permanence les activités des personnes ciblées afin de les déstabiliser, commandant immédiatement des éléments de langage à des groupes chargées de proposer des contenus, avant de les disséminer via des faux comptes.

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur le ciblage de Nathalie Yamb

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur le ciblage de la main droite de Kemi Seba, Hery Djehuty

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur l'alimentation des équipes de riposte

Utilisant des dizaines de téléphones portables et de lignes prépayées, ils multipliaient de fausses allégations sur des sites internet construits sur mesure, avant de les répercuter par des faux comptes sur les réseaux sociaux, en manipulant sur Google les algorithmes de référencement.

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur la fabrication de faix sites internet d'information

L'achat d'influenceurs est évidemment de la partie, mais aussi de journalistes, parfois au sein de grandes rédactions.

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur l'achat d'influenceurs

Le tout coordonné sur des groupes Signal créés via des pseudonymes, et garantissant l'anonymat des participants.

Échanges entre les équipes de Stéphane Konan sur la création d'usines à commentateurs

Échanges entre Stéphane Konan et ses collaborateurs visant à espionner illégalement des concurrents économiques de certains de ses clients.

Ces agences utilisent parfois des outils plus abordables, comme ceux fournis par X1 social Discovery, pour gérer les masses de données captées par les logiciels espions qu'ils utilisent, et CYABARA, TALKWALKER, NODE_XL et SOCIALBAKERS pour identifier les cycles afin d'obtenir leur déréférencement, identifier les contenus à perturber avec des commentaires négatifs et provocateurs, ou les cibler afin qu'ils perdent en visibilité algorithmique.

Leurs employés, sous-payés, doivent utiliser des dispositifs de protection, VPN, horaires de travail tournants, et produisent des rapports réguliers traçant au détail près leurs activités.

Rapports de résultat de l'une es équipes de Stéphane Konan, Poséidon

Ces opérations accompagnent des opérations de déstabilisation plus classiques, qui vont de la manipulation de médias officiels à l'instrumentalisation de procédures judiciaires. Elles ont cours en France, comme l'a démontré notamment le kompromat raté dont a fait l'objet Juan Branco, et dont le non-lieu est volontairement retenu par la hiérarchie du parquet de Paris depuis désormais deux ans.

Les conseillers de Gabriel Attal, payés par l'État, ont été mobilisés pour s'attaquer à Juan Branco et relayer de fausses rumeurs, mais aussi faire taire de dangereuses informations.

Comme le révélaient les journalistes Jean-Michel De Cugis et Marc Le Plongeon, Hélène Davo, la très critiquée conseillère justice de l'Elysée, avait, auparavant, téléguidé les fuites et la procédure judiciaire, tandis que des équipes de communication s'assuraient de ce que des influenceurs et équipes de troll feraient ressurgir, utilisant notamment Willy Le Devin - qui a suspendu ses activités pendant six mois, après avoir trafiqué de nombreuses fausses informations - et Libération à cette fin.

Les équipes d'Emmanuel Macron et de Gabriel Attal avaient sollicité de façon répétée des comptes importants d'actualité sur les réseaux sociaux, et notamment sur X, afin de donner de l'ampleur aux fausses accusations, et utilisé des faux comptes pour multiplier les publications à ce sujet, notamment à chaque activité de Juan Branco, tout en travaillant sur le déréférencement de son contenu sur X et sur les autres réseaux sociaux.

C'est ainsi que les conseillers en communication de Gabriel Attal, Pierre-Louis Tanzer et le "conseiller aux affaires réservées", désormais candidat du parti présidentiel à la mairie du 6e arrondissement de Paris, Antoine Lesieur, sur leur temps de travail, payés par Matignon et utilisant à cette fin les moyens de l'État, étaient missionnés pour obtenir d'Alertes Infos une reprise des fausses allégations, insistant afin d'obtenir des reprises et proposant, en retour d'un traitement favorable, divers services, allant de visites à des intermédiations afin d'obtenir le rachat de leurs comptes par des intermédiaires divers, créant des galaxies d'influenceurs prêts à être mobilisés dans la perspective de l'élection de 2027.

Échanges entre le conseiller en communication de Gabriel Attal Pierre-Louis Tanzer et des influenceurs afin de les inciter à relayer de fausses informations

Leurs équipes, exclusivement financées par de l'argent public, ont pour objectif de surveiller et de s'attaquer à toute voix critique, qu'elle soit ou non légitime.

À leur tête se trouvait Louis Jublin, animant une équipe d'une douzaine de conseillers et chargés de mission ministériels (Estelle Denize, Raphaël Charpentier, Yostina Aiad, Ludivine Mary, Matthieu Pequegnot, Renan Quiniou, Enzo Petry, Mahault Fernagu, Rémy Leleu...), payés entre 3.000 et 10.000 euros par mois, et ayant la main sur les 90 employés du Service d'information du gouvernement (SIG). Celui-ci, doté d'un budget de près de 15 millions d'euros, surveille les réseaux sociaux en continu, commande près de 500 sondages par an, distribue de nombreux contrats de communication à des entreprises, dont une grande partie bénéficient directement ou indirectement aux personnalités politiques à leur tête. Ils s'ajoutent aux budgets dédiés qui seront détournés par Gabriel Attal, Marlène Schiappa et bien d'autres pour accroître leur notoriété en recrutant des influenceurs comme Tibo Inshape au prétexte de campagnes d'information au service d'initiatives gouvernementales bientôt abandonnées.

Ces personnes retrouveraient bientôt des positions de pouvoir et bénéficieraient de ces services rendus pour se voir recruter par le parti Renaissance, auprès de députés, sénateurs et d'autres ministres, enfin se voir promouvoir à d'autres administrations, suivant l'évolution de leur patron.

Tous les contenus sont scannés. Ainsi, lorsque Marc Endeweld révèle que Gabriel Attal nourrit les journalistes pour nuire à Macron - une information bien connue et partagée par le Canard enchainé, qui avait révélé que Gabriel Attal avait construit sa carrière sur la distribution d'informations à des journalistes politiques - les attaques commencent à pleuvoir.

Échanges entre les équipes de Gabriel Attal sur le journaliste indépendant Marc Endeweld

Gabriel Attal donne instruction à ses équipes de s'attaquer aux auteurs du contenu, et à ceux qui le relaye. Usant de leur qualité gouvernementale, ceux-ci sollicitent les comptes les plus influents qui ont relayé l'information.

Échanges entre le conseiller en communication de Gabriel Attal Pierre-Louis Tanzer et des influenceurs afin de les inciter à supprimer des informations véritables

Il n'en faut pas plus pour intimider leurs interlocuteurs, et le conseiller politique, une fois le résultat obtenu peut, en un langage "djeunz", surjouer la complicité. Quelques mois plus tard, de nombreuses sources confirmeront cependant ce qu'avançait Marc Endeweld. L'information était vraie.

Échanges entre le conseiller en communication de Gabriel Attal Pierre-Louis Tanzer et des influenceurs afin de les remercier d'avoir supprimé des informations véritables

En parallèle, les équipes de Gabriel Attal vont se mobiliser, appuyées par des agences de communication payées par le contribuable, sur l'ensemble des réseaux, et jusque sur Wikipedia, non seulement pour améliorer leur image et détruire celle de leurs opposants, mais mener des opérations de déstabilisation particulièrement violentes. La fixation du premier ministre sur son ancien camarade ne va pas seulement l'amener à alimenter de façon compulsive des agents traitants dans un certain nombre de rédaction (Benoît Fechner à l'Express, Matthieu Aron à l'Obs, Aziz Zemouri au Point...), dont la plupart ne sont plus journalistes, mais à organiser des razzias sur des encyclopédies comme Wikipedia, avec l'appui de contributeurs payants.

Ainsi les utilisateurs Ebtpmus ; EdgarAllanFrost et D.Lazard vont ils se coordonner pour procéder à des centaines de modifications de leurs pages respectives, répercutant les fausses informations disséminées dans les médias mentionnés, supprimant toute mention favorable et défendant leur ordonnateur. En trois ans, plusieurs centaines de modifications vont intervenir tant sur les versions anglaises que françaises, les pages de discussion et différentes pages d'administration pour fracasser la personne visée. Daniel Lazard sera jugé le 9 février 2025 devant le Tribunal judiciaire de Paris pour ces faits.

Liste des contributions d'un seul des comptes créé pour s'attaquer à Juan Branco sur Wikipedia

Ces pratiques peuvent sembler étonnantes. En réalité, la quasi-totalité des personnes de pouvoir et institutions en font usage. Les Français ont payé pour que, pendant la campagne présidentielle de 2022, l'agence de communication espagnole First One Digital, dirigée par Stéphane Alaux, "surveille" pages Wikipedia d'Emmanuel et Brigitte Macron, ainsi que celle d'Alexis Kohler. Des factures de 5.000 euros, directement payées par le contribuable, ont ainsi été honorées sans que la commission des comptes de campagne n'y trouve à redire, et alors que M. Kohler, secrétaire général de l'Elysée, n'occupe aucune fonction politique et n'est censé servir que l'État, et non un candidat à l'élection. Les membres de l'encyclopédie n'en ont jamais tiré ombrage.

Le Monde avait révélé comment Avisa Partners, l'agence de communication DBB, via Uréputation et un lobbyiste Français, avaient trafiqué de nombreuses pages relatives à des opposants qataries, à la coupe du monde organisée dans le pays, et ajouté du contenu défavorable à l'Arabie Saoudite sur demande du gouvernement.

Le "coût" d'un contributeur Wikipedia pour de telles tâches peut monter pour les affaires les plus sensibles jusqu'à 5.000 euros par mois. Comme Daniel Lazard, il s'agit le plus souvent de contributeurs spécialistes d'un domaine, en l’occurrence la géométrie algébrique, qui peuvent masquer leur instrumentalisation dans la masse de contributions.

C'est ainsi que Jeffrey Epstein procédait, payant jusqu'à 100.000 dollars par an à différents intermédiaires, dont une agence nommée "Integrity Defenders" (sic) chargée de s'en occuper, en sus d'un travail sur le référencement sur Google. Ainsi, pendant des années, toute référence à sa condamnation pénale pour agression sexuelle a été effacée.

Échanges entre Jeffrey Epstein et un intermédiaire chargé de fausser les informations disponibles en ligne à son sujet


L'un des principaux appuis de Jeffrey Epstein dans ces offensives réputationnelles, et l'un de ses amis, sera retrouvé mort en 2015 après être "tombé d'une falaise" dans le Sud de la France.

Quand les personnes ainsi visées, et qui peuvent voir leur vie et leur réputation détruites à jamais, tentent d'y résister en corrigeant des erreurs ou des calomnies, les contributeurs payés ont beau jeu de leur opposer l'interdiction d'utiliser des sources primaires, ainsi que de contribuer soi-même à ses propres pages, les bannissant et les accusant d'avoir voulu manipuler l'encyclopédie.

Juan Branco, longtemps accusé de ces actes, aura fini par établir qu'il n'avait jamais utilisé de "faux comptes", et qu'il n'avait cherché qu'à s'en protéger, après avoir subi des attaques coordonnées. Décrivant en détail la première vague, organisée par l'ancien écrivain Marien Defalvard, condamné depuis pénalement.

Dans ce texte qu'il convient de lire, et dont les affirmations seront recoupées bien trop tard, une première plongée fascinante dans l'instrumentalisation qui peut être faite de cette encyclopédie était proposée. Les articles parus dans la presse, et étant devenus, dans un système circulaire, des sources légitimes pour mentionner cette pratique sur la page Wikipedia elle-même, ayant déjà fait leur effet, et ayant permis de bannir préventivement tout personne qui tentait de rétablir les faits. La protection judiciaire dont bénéficie l'encyclopédie, qui se considère en dehors de toute juridiction, et l'aura quasi-divine qui l'a entourée jusqu'à récemment, font le reste - et qu'importe si en réalité Wikipedia n'est, pour ce qui concerne les articles de qualité, que le fruit d'un pillage d'encyclopédies professionnelles qui ont toutes disparu de ce fait.

En France, la construction de l'image des politiques repose sur le rachat de médias par des oligarques, l'absence d'indépendance de la justice, les connexions mafieuses qui lient des personnalités proches du pouvoir comme Xavier Niel à des réseaux de proxénétisme, trafic de stupéfiants et d'information, mais également des financements publics massifs, comme cela avait été révélé par le fonds Marianne.

Le contrôle sur l'information

Piéger, manipuler, désinformer

En France, la construction de l'image des politiques repose sur le rachat massif de médias par des oligarques, l'absence d'indépendance du parquet de Paris, les connexions mafieuses qui lient des personnalités proches du pouvoir comme Xavier Niel à des réseaux de proxénétisme, trafic de stupéfiants et d'information (comme en témoigne son rachat de l'agence de Mimi Marchand, multi-condamnée, Best Images), mais également des financements publics massifs, comme cela avait été révélé par le fonds Marianne.

Celui-ci, créé pour honorer la mémoire de Samuel Paty, avait permis de détourner près de 2,5 millions d'euros de subventions publiques afin de financer des associations chargées par Marlène Schiappa de mener des "ripostes offensives" à l'encontre des voix critiques du gouvernement. Certains, pourtant initialement créés pour défendre des valeurs importantes, auront ainsi progressivement été instrumentalisés, utilisant cependant leur capital symbolique accumuler pour se voir désignés par le gouvernement comme "signaleurs de confiance" et utilisés pour déréférencer ou réduire la visibilité de contenus considérés comme illégitimes.

C'est ainsi qu'aujourd'hui la LICRA, qui a bénéficié de près de 100.000 euros du Fonds Marianne et s'est muée un temps en défenseur de la militante d'ultradroite Mila, qui a récemment fait la promotion de contenus nazis, ou le CRIF, dont la proximité avec le pouvoir de Benjamin Netanyahou et son soutien aux crimes commis par l'armée israélienne ont été largement exposée, ont désormais un accès prioritaire afin de faire censurer des contenus. Il en va de même d'autres lobbys comme l'ALPA, qui ne défendent pourtant que des intérêts strictement privés et liés à la lutte contre la contrefaçon.

La France est loin d'être le seul État a agir de la sorte, et la CIA avait inauguré le bal dans les années 1980 en créant le National Endowment for Democracy (NED), après avoir été à de trop nombreuses reprises prise la main dans le pot de confiture, y compris pour financer des syndicats et des intellectuels... français. Les réseaux sociaux ajoutent de leur côté d'importants filtres, à la légalité particulièrement contestable, dont META et X ont admis l'existence, et qui ciblent de façon récurrente des voix dissonnantes. Ceux-ci, ainsi que des dispositifs d'apparence légitimes sont régulièrement instrumentalisés par les appareils de pouvoir. C'est le cas notamment des filtres visant les "contenus violents", qui ont été récemment activés pour réduire la visibilité de la vidéo de Brigitte Macron insultant des mouvements féministes ; ceux concernant le secret des correspondances ou encore les droits d'auteur, mobilisés pour effacer la vidéo d'un vigile giflant un enfant lors d'un défilé LVMH.

Ces dérives touchent tous les bords politiques, et s'ajoutent aux lourdes subventions dont disposent de nombreux médias qui se prétendent indépendants et critiques du pouvoir, comme BLAST, qui a bénéficié de près de deux millions d'euros de subventions publiques depuis sa création, ainsi que du soutien intéressé et fléché, contre influence sur le contenu, d'un certain nombre d'oligarques réfugiés dans des paradis fiscaux comme Hervé Vinciguerra. Et qui n'a pas hésité à tenter d'écraser un lanceur d'alertes, Maxime Renahy, qui le révélait, dénonçant la mise en service de ce média dit indépendant au profit des candidatures d'Arnaud Montebourg et des ambitions de M. Vinciguerra. L'affaire avait révélée que loin d'être indépendants ou guidés par des valeurs, de nombreuses boutiques médiatiques n'avaient pour seule fonction que d'obtenir des financements en échange de faveurs, dans le cadre d'une guerre informationnelle faisant de l'État sa proie.

Les rédactions en France reçoivent des dossiers prêts à être publiés, et nombre sont ceux qui y concèdent, comme l'a révélé le scandale du PSG.

Cela permet de compléter les financements publics aux partis publics, les financements des cabinets ministériels et des structures territoriales, mises au service des intérêts des "élus", ainsi que l'action d'agences de communication diverses, qu'il s'agisse des mastodontes Publicis et Havas, ou de petites "boutiques comme Tilder, The Arcane, la fameuse Image 7 ou encore Angie. Les sommes ne sont pas anodines: plus de 200 millions d'euros de campagnes de publicité commandées par an, 100 million d'euros pour la location d'affichages... et plus d'un milliard de dépenses annuelles pour tous les opérateurs de l'État réunis. Leur action est souvent financée par les contrats et marchés publics qu'ils obtiennent au sein des administrations en échange du soutien offert à des figures politiques, comme l'affaire Business France le révéla.

L'État dépense plus d'un milliard d'euros en communication chaque année. Les grandes agences de communication courtisent les ministres et élus afin de leur offrir leurs services discrètement, et de mettre la main sur ces juteuses ressources.

Cette administration publique avait été utilisée par Emmanuel Macron, qui en était le ministre de tutelle, pour financer des déplacements de pré-campagne, dont l'organisation d'un voyage de plusieurs centaines de milliers d'euros. Ce contrat avait attribué en dehors de toute mise en concurrence et illégalement à la compagne du conseiller d'Emmanuel Macron Ismaël Émelien, alors communicante à Havas, et avait permis d'affréter un avion rempli de journalistes pour accompagner le futur candidat à Las Vegas.

Il en va de même d'"associations" d'apparence désintéressées. L'espace public est saturé d'officines comme Fact and Furious, qui était devenue un partenaire de l'agence de presse la plus puissante au monde, l'AFP, financée par l'État Français, ainsi que Libération. Cette "organisation" composée d'une seule personne n'ayant aucun diplôme ni compétence et ayant prétendu s'être spécialisée dans la "vérification de l'information" était en réalité dirigée par un escroc et serait démantelée après les révélations d'un organe de presse pourtant particulièrement critiqué, France Soir.

C'est le cas également de Conspiracy Watch, association créée par un bureaucrate sans parcours universitaire, intellectuel ou journalistique, qui est s'est rapidement spécialisé, non dans la recherche de la vérité, mais dans la défense du pouvoir et la traque aux opposants, s'érigeant en mur protecteur du gouvernement Français à l'encontre de nombreux mouvements sociaux, notamment les gilets jaunes. Avec l'appui de Printemps Républicain et de certains de ses représentants promus par Emmanuel Macron à la tête de l'État, elle est devenue, sans une quelconque validation scientifique, un partenaire du ministère de l'éducation nationale, malgré l'absence complète d'expertise, et une participation particulièrement agressive, souvent mensongère et teintée paradoxalement d'une forme aigue de conspirationnisme officiel dans l'espace public. Conspiracy Watch et l'observatoire du conspirationnisme ont non seulement bénéficié de subventions massives, avec près de 300.000 euros dès 2021, travaillant main dans la main avec des cabinets ministériels dont celui de Marlène Schiappa, mais aussi de financements et d'appuis croisés d'autres associations qui elle-mêmes bénéficiaient d'importants financements publics, se citant et se renforçant mutuellement pour mener de véritables raids dans l'espace public, sur Wikipedia et ailleurs. Son fondateur, très soutenu par Bernard Henri Levy et la revue La Règle du Jeu, s'est par ailleurs vu offrir une tribune hebdomadaire dans Le Parisien, propriété de Bernard Arnault, ainsi que dans de nombreuses entités proches du pouvoir, et une couverture médiatique sans aucun rapport avec son audience et ses compétences.

Sous le mandat d'Elise Van Beneden, ANTICOR va voir son rôle complètement détourné par sa direction nationale jusqu'à voir son fonctionnement se rapprocher de cleui d'une officine.

De façon plus surprenante, des associations disposant d'agréments comme ANTICOR, se sont également spécialisées sous la présidence d'Elise Van Beneden (dont le rôle dans le trafic d'influences intervenu à BLAST, qu'elle a cofondé, a été exposé par Maxime Renahy) dans le trafic d'informations, accédant à des dossiers d'instruction et les distribuant à des journalistes parisiens, tout en bénéficiant de couvertures médiatiques et de revenus confortables. Créée à l'initiative d'un magistrat, Eric Halphen, qui finirait candidat du parti d'Emmanuel Macron aux législatives, ANTICOR va très rapidement mêler l'engagement associatif et les services rendus à des forces politiques. Ainsi, l'assistante parlementaire de Christian Paul, main droite de Martine Aubry, aura longtemps été sa cadre dirigeante, avant que l'association ne se voit offrir en 2013 par Christiane Taubira un agrément qui permet à l'association de se constituer partie civile et de forcer l'ouverture d'informations judiciaires dans des affaires pénales. Ce privilège unique permet à l'association de constituer des avocats amis, comme Jean-Baptiste Souffron pour accéder à des informations particulièrement sensibles, et de fournir régulièrement des journalistes, en échange de couvertures favorables, créant un système circulaire fermé. C'est ainsi qu'un juge d'instruction, dans l'affaire Kohler, finira par s'opposer aux demandes de bris de scellé et de communications émis par l'association. Le dossier serait, de façon transparente, intégralement communiqué par l'avocat d'ANTICOR aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme du Monde.

De quoi faire passer l'attribution de divers privilèges au groupe d'influence Le Grand Continent, du très rare et précieux agrément d'utilité publique permettant des défiscalisations de don agressives octroyé par Gérald Darmanin alors que l'association venait d'être crée au soutien institutionnel massif de l'ENS Ulm décidé par le très proche d'Emmanuel Macron Francis Wolff pour un geste anodin. La promotion régulière du chef de l'État, et la parution d'entretiens exclusifs, y compris au coeur de l'Elysée, mené par ceux qui n'étaient alors que des étudiants et deviendraient bientôt des acteurs majeurs du débat public, prend au moins appui sur une exigence intellectuelle minimale.

Il y a enfin les agences de renseignement privées qui, de FORWARD à AXIS, en passant par l'ADIT et une infinité de plus petits acteurs comme AMARANTE, Herminius, CR Investigations, Lextrack, De Vinculis, Risk and Co et tant d'autres, alimentent les rédactions officielles de "chantier" et de dossiers préparés, quand ce ne sont pas les institutions qui les leurs fournissent elles-mêmes, comme cela a été le cas pendant des années entre les équipes d'Emmanuel Macron et le Canard Enchainé.

Cartographie des acteurs de l'espionnage privé en France (2024)

Longtemps, cela a été l'une des spécialités de Mediapart, dont l'une des principales sources n'est personne d'autre que le créateur de AXIS Jean-Renaud Fayol, intime d'Emmanuel Macron et dont le frère Clément Fayol à longtemps écrit pour Médiapart, alors dirigée par Marie-Hélène Smiéjan, qui avait organisé via son fils, membre de l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron, un entretien particulièrement complaisant entre la rédaction et ce dernier en 2017.

Difficile d'être surpris lorsque l'on sait que Xavier Niel, qui parle au quotidien à Emmanuel Macron, a été l'un des financiers-fondateurs de Médiapart, aux côtés de certains des membres les plus compromis du petit Paris, ce qui lui a valu une protection indélébile de ce média. Quiconque se permet d'en parler se voit d'ailleurs immédiatement ciblé par le journal, et prévenu des conséquences qu'il aurait à continuer à en parler.

On ne s'étonnera pas que, comme la galaxie Bolloré qui a empêché la diffusion de l'émission de Jordan Deluxe tournée à ce sujet, Claudia Tavares, autrice d'un livre qui racontait les abus sexuels et l'exploitation systématique des femmes mise en oeuvre par Xavier Niel, n'ait jamais été interrogée par Marine Turchi et les autres journalistes spécialisés de ces questions dans le média.

Photographie de plateau de Claudia Tavares et Jordan Deluxe sur C8. L'émission sera censurée à la demande de Xavier Niel et Vincent Bolloré.

On s'étonnera encore moins que des entités comme LVMH et Bernard Arnault aient pu recruter le directeur de la DGSI pour "traiter" les militants de Fakir, engloutissant plusieurs millions d'euros dans le seul but de les empêcher.

Plus surprenante est l'existence de taupes au sein des principaux médias Français, comme l'affaire Tayeb Benabderrahmane le révélerait. Cet homme d'affaires agissant à son propre compte a été accusé d'avoir tenté de monnayer des vidéos de Nasser Khelaifi et des informations sur la corruption ayant frappé la coupe du monde 2022, avant de se voir détenir arbitrairement par le Qatar. La procédure judiciaire le visant aura permis de révéler un vaste entrelacs d'avocats, fonctionnaires de services de renseignement trafiquants d'informations qui, au sein du Point et d'autres journaux, acceptaient de lancer des procédures vouées à l'échec, publier clef en main des articles pour s'attaquer à un tel ou un tel, ou encore violer le secret de l'enquête et de l'instruction contre monnaie sonnante et trébuchante, sans ne jamais être inquiétés.

Comment des forces citoyennes saines et désintéressées, dénuées de protection oligarchiques peuvent-elles naître et se maintenir au sein de ces écosystèmes ?

Loin sont désormais les temps du Watergate, où le dirigeant de la première puissance mondiale pouvait choir du fait de son utilisation de méthodes crapuleuses pour espionner ses opposants. La démission de Nixon apparaît aujourd'hui presque comme une trace exotique d'un temps passé, où la préservation des fondamentaux de la démocratie libérale n'étaient pas qu'une promesse.

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