L'université Catholique de Louvain a attribué un doctorat honoris causa à Salomé Saqué.
Cet hommage est généralement octroyé à des personnalités ayant eu un parcours hors du commun.
Âgée de 31 ans, Salomé Saqué n'a ni œuvre, ni pensée, ni contribution remarquable à la société remarquable.
Elle est devenue une figure visible, grâce aux réseaux sociaux, et appréciée dans une certaine jeunesse de classe sociale favorisée, grâce à ses entretiens et quelques mises en scène de sa vulnérabilité sur les réseaux sociaux. La dénonciation des critiques vulgaires et violentes qui parsèment internet, adoptée sous l'angle d'une jeune femme qui aurait à en souffrir particulièrement, lui avait donné une assise victimaire, parfaitement dans l'air du temps.
Ces postures successives, creuses et vaines, semblent avoir eu un écho dans une jeunesse qui n'a jamais été, dans l'histoire scientisée, aussi susceptible de souffrir de troubles psychologiques graves.
À la recherche de luttes et d'engagements, celle-ci adhère, suivant l'air du temps, à des luttes eschatologiques, allant de l'écologie au féminisme en passant par, plus récemment, la "lutte contre l'extrême droite".
C'est ainsi que son ouvrage Résister, soutenu par tous les médias institutionnels et des émissions comme Quotidien chez TMC, s'est vendu à près de 200.000 exemplaires.
Ce texte, sans consistance ni substance particulière, est une sorte de plaidoyer fragile pour un progressisme et contre les mouvements conservateurs, qu'elle se contente de disqualifier moralement - méthode habituelle, utilisée depuis quarante ans, avec le succès que l'on sait.
Crier au loup ne fait pas une résistance, et ne démontre aucun courage, plutôt le contraire. Salomé Saqué à la qualité de ne pas le revendiquer, se contentant de construire, soigneusement, une iconographie au service d'elle-même, lui permettant de se construire en être humain dans une société qui ne vit plus que par les aventures individuelles et la promotion de soi.
Il ne s'agit en conséquence pas de lui reprocher d'avoir cédé à la vanité que l'on imagine écrasante, et qui consiste à se voir attribuer un titre normalement réservé aux êtres qui se sont offerts à l'humanité, où qui y ont contribué de façon décisive.
On a de la peine, cependant, pour les systèmes universitaires occidentaux, qui chaque jour montrent de façon croissante leur effondrement.
On peine à comprendre, de façon plus générale, la dérive de sociétés qui ne sont plus dirigées, qui mélangent les genres au détriment de toute forme de rigueur et d'exigence, et qui fabriquent des idoles en papier mâché à ses nouveaux entrants.
Si les jeunesses des classes populaires se voient offrir des "succès" faits de bistouri et de séjours à Dubaï, les enfants des classes moyennes, confrontés à une véritable crise des hiérarchies, s'accrochent à l'illusion de succès rapides, accessible sans œuvre ni talent.
Salomé Saqué n'est pas dangereuse, elle est pire: insignifiante. En cela, dans l'air du temps, ouvrant des chemins sans débouché, elle contribue par la mise en scène de son parcours à la construction d'impasses générationnelles, que son travail de journalisme aurait pu éviter. Il aurait cependant pour cela avoir une toute autre stature et densité intellectuelle, afin d'éviter les chausses trappes que toute époque aime féconder.
Si le propos peut sembler violent, il ne l'est en rien: d'une part, car il n'y a aucune condamnation à cette circonstance d'un être, mais de l'état de nos civilisations, et des raisons qui nous y ont menés.