Il y a bien des contrastes entre la dignité capétienne et la « peopolisation » de la noblesse. Les princesses de Bourbon des Deux-Siciles sont très loin de cette sobriété censée émaner d’une princesse, fût-elle au petit pois.
Ici : luxe ostentatoire, présence constante dans les soirées dites « mondaines », inconséquents défilés de mode. Pour les puristes, on est plus près de la téléréalité que d’un quelconque port royal hérité de leurs ascendants. Leurs bonnes œuvres étant, au mieux, une parure indispensable à un cahier des charges rempli a minima, dans un milieu où l’on ne saurait s’en priver, car il faut bien s’occuper, et assurément encore une énième occasion de pince-fesses et de deux ou trois bonnes photos pour Insta.
Bien sûr, durer dans la noblesse française a toujours été, pour certains, un calcul matériel qui s’est précipité, après la Révolution, dans les bras de quelques riches parvenus en mal de prestige.
Louis XX vs. les princesses Bourbon-Siciles : deux visions de la noblesse
Résister dans le torrent de l’histoire n’est pas chose aisée, mais l’on peut tout de même avoir conscience du trésor immatériel et moral dont on hérite, comme d’une affaire de service et de retenue. Louis de Bourbon d’Anjou, dit Louis XX, prétendant légitimiste au trône de France, dont la sobriété est une armure, essaie de montrer qu’il n’est pas là pour paraître, mais pour incarner. Il assume avec gravité et silence que sa mère soit une Franco, mais sa dignité est reconnue même de ses opposants, pour son respect des codes de sa caste, sanctuaire d’élégance, de mode de vie et d’éducation. Profil bas, pédigrée haut.
À l’inverse, chez les princesses Bourbon-Siciles, la branche maternelle Crociani semble avoir imposé un rythme de vie qui écrase le nom de Bourbon.
La famille Crociani : un héritage sous le signe du scandale
Leur mère, la fortunée « Dame » Crociani, hérite, elle, du nom d’un père impliqué dans le scandale Lockheed des années 1970 — pots-de-vin à gogo et corruption internationale lors de ventes d’avions militaires —, ainsi que d’une longue bataille judiciaire contre sa propre sœur au sujet d’une transmission familiale qui, en plus de projeter une lumière crue sur des montages financiers opaques dans les paradis fiscaux, l’a condamnée pour avoir détourné des dizaines de millions d’euros au détriment de sa sœur via des trusts complexes.
Elle finit ainsi d’entacher une réputation déjà déconsidérée par le puissant grand-père des jolies princesses, qui dut s’enfuir au Mexique pour échapper à la justice italienne. C’est une ambiance qui interroge, quand s’ajoutent encore, au sujet de ce grand-père, des apparitions dans diverses enquêtes touchant aux réseaux d’influence en Italie — parfois liés à la loge P2 ou à des circuits financiers parallèles. Une fortune colossale donc, mais pour le moins controversée.
Des Bourbons, on ne retrouve ici que l’exploitation du logo, bien moins l’esprit d’épée de la chevalerie, ou ce que l’Ancien Régime avait de noblesse d’esprit
Des Bourbons, on ne retrouve ici que l’exploitation du logo, bien moins l’esprit d’épée de la chevalerie, ou ce que l’Ancien Régime avait de noblesse d’esprit, quand, au lieu de se faire discrète face à ces dossiers judiciaires, la famille affiche un train de vie de « nouveaux riches », vautrée dans la consommation, là où l’aristocratie préfère paraître frugale, bien qu’ambitieuse culturellement, puisque tombée par les excès d’une cour de France hors-sol, loin des domaines féodaux de province.
Yacht, logos de marques de luxe omniprésents dans une sélection esthétique douteuse, flashs pour les rubriques célébrités aux côtés de gens de peu ; et, hormis les cinq langues courantes chez ces jeunes filles dotées — toujours utiles en small talks de cocktail —, il semble manquer un arsenal spirituel à la hauteur de leur rang, s’il était compris. Il est vrai que, quand on est réduite à être présentée au monde échancrée, dans des imprimés panthère, l’innocence encore dans les yeux, on semble piégée dans une éducation qui rappelle l’origine douteuse de sa fortune.
Jordan Bardella, d'escapade à Monaco en dîners mondains avec Jordan Deluxe et Guillaume Genton, n’a pas eu le temps d’intégrer les nuances qui font jauger la valeur même d’un grand nom à l’aune de la prosaïque vérité de casseroles d’or. Car, lorsqu’on parle politique, même en 2026, on attend une compréhension d’un système de valeurs, d’une finesse d’analyse des symboles qui rayonnent dans une communication massive, chez un prétendant à la fonction ultime. Il se dote ici d’un moteur de vanité, où une version « dégradée » de la royauté a remplacé le sens du service, pour paraître en couple hétéro-stratégique. L’esthétique de l’excès ne le servira pas et, alors qu’on le soupçonne de connaissances superficielles, sa jeune alter ego, elle, est experte justement de superficialité, mais de salon. Leurs intelligences que tant aiment vanter n’ont pas suffi à mettre au jour l’illusion : celle des narcisses qui voient en chacun un avenir rêvé dans la lumière de l’autre.
Les livres de Juan Branco : une icône subversive
Alors revient à la mémoire l’image, devenue soudain culte, des jeunes sœurs titrées, visages cachés derrière les livres de Juan Branco, Crépuscule et — oh, sacrilège ! — Coup d’État. On se demande comment ce geste a pu advenir. Cette photo, et la séquence ne fait que renforcer cette impression, semble appelée à devenir un sommet de contre-culture, une icône pop, historique, presque un manifeste d’art contemporain, romanesque, subversif, punk…
A-t-elle été le fruit d'un acte candide, un cynisme d’influenceuses virales, un geste de midinettes blondes aimant les héros bruns comme on aimait un Beatles en hurlant, ou un sursaut, une catharsis, une pulsion d’un ADN très ancien, sentinelle jouant un tour au siècle pour rappeler les premières valeurs de la noblesse, celles où l’épée défendait les plus faibles et la grandeur d’âme ?
Il en faudrait bien, en tous cas, de la bravoure, pour que ces deux ouvrages remettent à zéro, dans la réalité, les compteurs d’un monde triste et dévitalisé par les parasites gloutons dévorant une France universaliste et belle, afin de enfin la reconstruire.
Cela ne semble pas être le chemin emprunté.
Pour en savoir plus:
AuroresLux Aurores
Les dessous de la mise en scène de leur relation.