L'impuissance de la gauche à répondre aux demandes de dignité, d'autonomie et d'émancipation des peuples est le résultat de son adhésion aux dogmes du libre échange et de la mondialisation. La France Insoumise, en France, a abandonné son "Plan B" en tant que sortie de l'Union Européenne. Elle promet désormais, comme le parti socialiste en son temps, de négocier de l'intérieur des politiques écologiques et sociales.
Elle est en somme devenue le Parti socialiste, qui faisait la même promesse mensongère à l'orée des années 2000, avec une différence: à l'époque, les gouvernements sociodémocrates étaient majoritaires au sein de l'Union Européenne, qui n'étaient que 15 états. Aujourd'hui, la droite libérale conservatrice est écrasante dans un système à 27 états.
En d'autres termes, on nous promet la trahison. Pour tenter de contourner l'obstacle, la gauche non-souverainiste s'enferme dans une aporie victimaire et identitaire.
La gauche a substitué l'incantation victimaire à la lutte contre la prédation. Cette infantilisation, qui trouve ses origines dans le mouvement antiraciste des années 80, conditionne sa bienveillance au fait de maintenir ses bénéficiaires dans cette condition de façon indéfinie.
L'objectif, à travers ces tactiques, est de se constituer des clientèles politiques minoritaires perpétuelles, réifiées, essentialisées et enfermées dans leur statut de victime, lui-même rattaché à un genre, une origine, une couleur de peau, et à s'ériger en figure paternelle soignante chargée de les protéger et de les réparer. Naturellement, cette infantilisation, qui trouve ses origines dans le mouvement antiraciste des années 80, conditionne sa bienveillance au fait de maintenir de façon indéfinie les populations dans leur statut de victime, gavées de subventions, pensées positives et dispositifs dérogatoires législatifs et réglementaires afin, d'un côté, de leur promettre une amélioration sensible de leur condition, et de l'autre, les maintenir soumis en un système de dépendance à l'égard de la force politique paternaliste qui leur a promis non l'égalité et l'émancipation, mais la dépendance et l'humiliation. N'exister en négatif, que parce que l'on est victime (la femme des hommes ; le noir du blanc ; le musulman...), n'ouvre à d'autre horizon qu'une perpétuelle réparation et un enfermement dans sa propre condition.
L'individu qui adopte l'imposture est souvent moins agissant qu'agi par l'institution qui s'en nourrit.
À l'image de Jean-Luc Mélenchon s'agenouillant lors du mouvement Black Lives Matter, ce qui démontre le niveau d'acculturation des dirigeants d'un mouvement qui se prétend anti-impérialiste, le clientéliste de gauche, privé de toute capacité à changer réellement les structures de la société, à pallier aux souffrances et pertes de fonction générées par la mise en concurrence sauvage de son peuple à l'égard de milliards d'esclaves du Sud Global dont il ne souhaite se détacher, se jette sur tout événement qui serait de nature à susciter l'indignation chez ce qu'il perçoit comme un peuple de bons sauvages, qui se gouverne par l'affect, et qu'il espère ainsi oublier les raisons profondes de leur souffrance et de leur désaffiliation. La gauche institutionnelle, qui du fait de ses errements stratégiques et de son renoncement à toute forme de courage politique, n'a plus de peuple ni donc d'électorat, se montre prête à toutes les compromissions afin d'en reconquérir. Au risque de perdre toute estime de soi et des autres et de finir de se marginaliser. Ce faisant, elle renonce à l'honneur, que toute société saine et vive fait primer sur toute structure, y compris de l'État, en ce qu'il n'est rien d'autre que la norme intériorisée : la capacité d'avoir honte avant d'être sanctionné ; et donc la capacité, paradoxalement, de vivre en autonomie, en dehors et tant au-delà qu'en deça de l'État.
La gauche institutionnelle, qui n'a plus de peuple ni donc d'électorat, se montre prête à toutes les compromissions afin d'en reconquérir. Au risque de perdre toute estime de soi et des autres et de finir de se marginaliser.
L'affaire Jason Arday n'est que l'énième illustration de cette stratégie de conquête de l'électorat populaire qui, faute de proposer une émancipation réelle, renvoie à des origines toujours plus lointaines des Français qu'on continue à qualifier de "couleur" ou "d'origine". Jason Arday est mort de l'affaiblissement de notre société et de nos institutions, toujours moins capables de censurer les comportements déviants et, de plus en plus, les valorisant plutôt que les sanctionnant. Contrairement à ce que l'on affirme souvent, l'individu qui adopte l'imposture est souvent moins agissant qu'agi par l'institution qui s'en nourrit.
Il serait ainsi aisé de le réduire à un pitre, là où il était avant tout un objet dont les médias, les idéologues et par capillarité les institutions universitaires furent friands. Cela ne saurait en faire une mascotte d'une quelconque lutte, et aboutir aux discours relativistes scandaleux qui, loin de le protéger, l'ont mené à sa perte et condamné. Jason Arday semble d'ailleurs l'avoir compris par son geste, après avoir cherché jusqu'au bout à s'accrocher à une pathologie victimaire (qui l'avait amené à porter plainte pour harcèlement contre un lanceur d'alerte légitime, trois ans avant sa chute), contre-héroïsante, qui l'accompagnait depuis sa naissance au monde institutionnel et à l'espace public. Un geste qui, par son aspect définitif, reconnaissait l'aporie qu'il avait lui-même générée, contrairement à ceux qui, par tous moyens cherchent, en l'érigeant urbi et orbi en victime, à prolonger indéfiniment sa fuite en avant : notre responsabilité demeure entière, et notre mort, à la fois résultante de la défaillance et consécration par réhabilitation de la norme que nous n'avons été en mesure de respecter.
La prise d'otage commise autour de son geste doit ainsi être recontextualisée au regard de celui qu'il était, et tout d'abord de son choix recherché de devenir un symbole, occupant en l'espace public une condition devenue fonction à laquelle il avait irrémédiablement lié son destin. La fonction particulièrement privilégiée qu'il occupait était celle d'une concession aux idéologies que lui-même professait, la privant de toute forme de rétrocontrôle sérieux, et favorisant une ascension éclair au détriment de tout sérieux, qu'il a au surplus décidé de spectaculariser pour la rentabiliser, plutôt que d'utiliser comme vecteur d'avancement collectif et d'approfondissement de ses pensées. Ses travaux, quelconques, consistaient en des entretiens divers censés répercuter les conséquences de la "race" sur les parcours des individus. Manquant de rigueur, peu intéressants et promouvant des conséquences politiques racialistes typiques du monde anglosaxon (discrimination positive, sélection sur la base de la couleur de la peau ou de l'origine...), ses travaux se sont révélés émaillés de fragilités, et, en certaines circonstances, de plagiats - autant de monstrations de ses difficultés à s'accoupler aux instances régulatrices auxquelles, dans le même temps, il aspirait. De sa thèse à ses quelques articles publiés, a été retrouvé un nombre substantiel de difficultés qui ont amené à l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre.
À travers ce destin, se jouait la réactualisation et l'universalité de certaines normes, relatives notamment à la fraude et à l'exigence universitaires, et la nécessité de les sanctionner, quelle que fut l'identité, et la condition, de celui qui les violait.
Sa construction était cependant avant tout médiatique, et relevait d'une instrumentalisation mutuelle entre les institutions qui l'accueillaient, dont la dernière, Cambridge, se débat avec son passif colonial, et lui-même, devenu chair à repentance. Présenté comme le plus jeune professeur de "couleur" (sic) à Cambridge, cet homme nourrissait ce qu'il promouvait: à savoir un différentialisme racial qui lui permettait de ne pas avoir à faire ses preuves dans le système que, tout en prétendant combattre, il cherchait par tout moyen à intégrer. Il est difficile, et surprenant, que l'on s'étonne qu'une fois cette carte jouée, elle lui ait été, à la moindre difficulté, retournée. Or c'est là l'un des principaux points aveugles de la "pensée" progressiste contemporaine: il ne peut, en ces systèmes, y avoir que des victoires, sans responsabilité. Et c'est exactement ce à quoi s'accrochent, contre toute évidence, ceux qui aujourd'hui s'indignent des conséquences de ce qu'ils ont fécondé. L'affaiblissement croissant de ces forces idéologiques, jusqu'à leur entrée en crise, découle de cette lâcheté, les rendant incapables de fabriquer des figures sacrées, symboliquement porteuses, faute de leur offrir des parcours héroïques, et de s'autoriser à les contrôler. Trop attachées au confort, les grandes figures de ces mouvements ne conçoivent l'idée du sacrifice, y compris dans la mort bonne, et s'indignent de ce qui devrait les régénérer.
La chute et le suicide de Jason Arday, alors qu'étaient exposées les multiples compromissions, manipulations et complaisances ayant amené au sacre de cet "homme sans qualité", ont suscité un émoi mal digéré. Certains ont voulu en faire une icône.
J'ai affirmé de façon très claire et tranchée qu'il s'agissait au contraire d'une chose bonne, au sens tragique et moral du terme. Notre société s'est vautrée, depuis quelques décennies, dans une complaisance inacceptable à l'égard du mensonge et de la médiocrité. Au nom de la sacrosainte victimité, qui peut être structurelle ou événementielle, s'érigent des autorités pour vouer aux gémonies quiconque chercherait à appliquer un stigmate sur le fraudeur ou le menteur, empêchant toute réconciliation de la société.
Pour ces personnes, tout représentant qui accepte une forme d'instrumentalisation symbolique (le faisant passer pour victime, et ce faisant, garantissant qu'il se "tienne" minoritaire) doit garantir en retour une portée au pinacle, quelles que soient les violations de la loi morale commises sur le chemin. Cette pensée particulièrement conservatrice, c'est le paradoxe, exige la relativisation de toute faute, et ne peut exister qu'au détriment des impératifs catégoriques, par essence universels, censés structurer notre société. Elle est évidemment profondément destructrice pour la société, mais aussi pour les individus qui s'y prêtent, qui deviennent les tokens et faire-valoir d'un ordre établi resté profondément injuste et inégalitaire. Elle rompt, par l'inversion symbolique, la fonction d'édification morale qui seule nous permet de garder une forme de cohésion interne, et d'éviter la plongée dans l'anomie, c'est-à-dire justement la perte de toute forme de repère qui est à l'origine des suicides sociaux.
Il n'est évidemment pas possible d'attribuer à Jason Arday une amoralité aussi grave et sérieuse que celle que je décris. Sans l'écarter, cela n'est pas nécessaire à notre raisonnement.
Il est cependant possible de voir dans la dynamique actuelle une véritable perversion de la société, présentant un danger terminal pour celle-ci. On ne garde la grâce sans maintenir le jugement. Il n'y a d'ontologie possible qui tienne dans l'anomie.
Je fais un lien très assumé entre cet effondrement structurel et l'épidémie de dépressions qui, depuis quelques années, a contaminé le monde occidental. En un monde où plus aucune forme de régulation sociale légitime n'est acceptée, où tout est sentiment victimaire car la victime devient la figure du héros, sacralisée et impossible à contester, il est normal que la société ne tienne plus. Là où il fallait construire, tenir et endurer, on est incités à se plaindre, s’apitoyer et se conforter. Là où l'exigence et la rigueur régnaient, la souffrance, la douleur et l'impuissance se voient consacrés.
Ce n'est, contrairement à ce que l'on pense, en rien une dynamique qui permette de protéger l'innocence, et les véritables victimes. Cet état de fait amène au contraire à une inflation de la prétention à cette condition victimaire, brouillant les pistes et les cadres, et déstabilisant des pans entiers de notre société. C'est notamment le cas de notre institution judiciaire, débordée par le mouvement Metoo (+136% de procédures pénales ouvertes en huit ans), mouvement dont les bénéfices ont été captés par celles qui avaient déjà la parole, tandis que la judiciarisation retombait sur les classes populaires, tout en éloignant notre système du régime de la preuve et du droit positif canoniques, au nom d'un consensualisme réactionnaire importé des États-Unis, transformant l'institution judiciaire en une machine à arbitraire sclérosée, incapable de traiter des véritables violences, de protéger les innocents et les véritables victimes, comme l'a encore montré récemment l'affaire Lyhanna. J'ai vu cette machine de près*.
Un mouvement qui a été embrassé sans discussions par la gauche institutionnelle, là où le féminisme militant prévenait, dès les années 70, du caractère particulièrement instrumental et dangereux de ces dynamiques carcérales qui font des institutions par nature les plus réactionnaires (la police et la justice) des alliés fantasmés.
Contrairement à ce que beaucoup ont pensé, ce ne sont ni la gravité des torts de l'homme qui ont généré la violence de son geste, ni la réaction de la société, mais le fait que ces torts étaient devenus lui, rendant aporétique son destin dans la société où il s'était construit.
En d'autres temps et d'autres terres, la gestion de la honte et du stigmate faisait du suicide une solution naturelle et noble. De façon structurelle, toutes les civilisations ont associé le statut de victime à une forme de honte, non à des fins de stigmatisation mais de régulation, afin d'éviter l'effondrement de leur société, et la sclérose provoquée par une course aux privilèges qu'elle induirait autrement, le droit à la réparation générant ses déviances et comportements opportunistes naturels, au point, faute de contrôle, de généraliser le mensonge, l'instrumentalisation et la trahison. Jusqu'à épuiser la compassion, l'altérité, et provoquer un retour à la haine et la violence, soit exactement ce à quoi sont confrontées nos sociétés. Contrairement à ce que beaucoup ont pensé, ce ne sont ni la gravité des torts de l'homme qui ont généré la violence de son geste, ni la réaction de la société, mais le fait que ces torts étaient devenus lui, rendant aporétique son destin dans la société où il s'était construit.
Jason Arday s'est-il suicidé par altruisme, dignité ou par égoïsme et anomie ? Ce serait lui prêter bien de la valeur que d'épouser la première thèse, qui aurait fait de son suicide une forme de inseki-jisatsu occidental, combinant aveu, tentative de rétablir la valeur symbolique de la norme qu'il avait transgressée, et une façon de protéger la cause qui s'était vue entachée. Le suicide romain, visant à rétablir la "dignitas" de celui qui a fauté et le soumettre à la norme transgressée, comporterait une forme de courage louable, et justifie que sa mort soit qualifiée de bonne, au sens moral et individuel du terme. Il est cependant bien plus probable qu'il soit mort de s'être trop longtemps comporté en passager clandestin du système qui était le sien, incapable d'en respecter les règles, car incapable tout court - et pourtant promu, malgré cela, du seul fait de son identité.
Soit exactement ce à quoi il avait aspiré, et les conséquences clouent le cercueil que ses théories et croyances, celles de la gauche socialdémocrate post-marxiste et mondialisée, imbibée de culture anglosaxonne individualiste et consensualiste, ont enfanté.
Sa mort nous apparaît alors comme un avertissement à l'égard de tous ceux qui chercheraient à emprunter ces chemins obscurs, et à nous les imposer collectivement: emprunter des chemins sans valeur condamne au malheur, expose à l'ennemi, tant individuellement que collectivement, et mène à la mort.
La mort de l'individu qui a fauté, à la suite d'une réaction sociale d'autant plus massive qu'elle se montrait désemparée face à l'absence de sanctions qui s'y appliquaient, apparaît comme un garde-fou et un rempart, apaisant les foules en colère, lasses de ce que se voient récompensées les transgressions.
Elle est, pour le suicidé de la société, une façon d'admettre la supériorité de la norme sur la transgression, de refuser de contester tant la faute que la valeur de ladite norme, une admission et un aveu d'un échec, qui permet à chacun de se repositionner.
Jason Arday n'avait ni les moyens intellectuels, ni les moyens sociaux, d'emprunter un chemin réparateur. La pente, trop rude, venait surtout se fracasser de façon trop antinomique avec le socle même sur lequel il s'était construit comme individu. Échapper à lui-même, une fois exposé dans son imposture, était devenu impossible. Perdurer aurait imposé tant à la société qu'à lui-même un coût, et une violence, trop importants à supporter. Il lui fallait mourir, c'est naturellement la conclusion à laquelle il est arrivé. Prétendre, en son nom, que ç'aurait été une violence trop importante, et a fortiori injuste, de la société qui l'aurait condamné, est non seulement présomptueux et infantilisant: c'est reproduire le mécanisme même qui l'a mené à la situation dans laquelle il s'est trouvé.
La défaillance de l'institution ouvrait naturellement à la mort du transgresseur, consacré et héroïsé puis sacrifié faute d'instance médiatrice capable de simplement le sanctionner.
Car il faut le rappeler: les allégations qui ont été soulevées étaient substantiellement justes et fondées, quelles qu'aient été les intentions instrumentales de ceux qui les émettaient, et les réserves qui pouvaient y être apposées**. Et partant, le discours victimaire devenait indéfendable, à moins, en passant, de consacrer les transgressions qui lui étaient reprochées. Que des entrepreneurs idéologiques racialistes s'en soient saisis ne remet en cause le point nodal, et au contraire montre la fragilité et la précarité auxquelles vouent ces constructions quiconque les emprunterait : à travers ce destin, se jouait la réactualisation et l'universalité de certaines normes, relatives notamment à la fraude et à l'exigence universitaires, et la nécessité de les sanctionner quelle que fut l'identité, et la condition, de celui qui les violait. La défaillance de l'institution ouvrait naturellement à la mort du transgresseur, consacré et héroïsé puis sacrifié faute d'instance médiatrice capable de simplement le sanctionner. Offrir à l'ennemi la possibilité de s'en saisir était une faute non plus morale mais politique, que la victimisation défensive ne saurait réparer. C'est bien en cela qu'il s'agit d'une mort tragique en ce qu'inéluctable. Elle n'en est pas pour autant mauvaise, et devenait la seule résolution possible dans la configuration ainsi générée.
Que cette parole, si simple et saine, soit accueillie par le scandale, dit beaucoup de l'état d'errance de forces idéologiques qui ont perdu tout cadre, et se sont montrées prêtes à toutes les complaisances pour capter leur public, et survivre électoralement. La solidarisation d'office à l'égard d'un être du seul fait de sa condition postulée, en l’occurrence, la couleur de sa peau, est une indigence politique et intellectuelle aussi importante que démonstratrice d'une logique de clans qui gangrène de façon croissante notre société. Elle n'émancipe ni ne protège personne, et ne fera qu'accroître les dynamiques auxquelles nous venons d'assister.
Les forces qui s'y prêtent*** périront naturellement, dans le déshonneur et l'anomie qu'elles auront elles-mêmes générées.
*Je me suis toujours érigé contre ces tendances, et je l'ai chèrement payé. Engagé, jusqu'à être emprisonné, auprès des véritables résistants, qu'il s'agisse du peuple sénégalais, des penseurs panafricanistes les plus radicaux et conséquents et de bien des militants prêts à tous les sacrifices pour leur cause, je me suis également rangé en tant qu'avocat du côté de ceux qui subissaient ces violations de la loi morale, à travers une instrumentalisation des institutions au nom de "causes" qui en réalité étaient travesties et perverties pour servir des intérêts particuliers. Ainsi de l'affaire Mila, éphémère égérie de la gauche bien pensante, du simple fait qu'elle se disait lesbienne et victime de harcèlement, et qui détruisit les vies d'une douzaine de personnes grâce à la protection que lui offrit l'institution judiciaire, avant qu'on la découvre égérie de Zemmour et condamnée pour injures raciales, cocufiant tous ceux qui avaient renoncé à leurs impératifs moraux, à commencer par les principes les plus fondamentaux de l'État de droit, pour la défendre. Ainsi auparavant, de l'affaire Marvel Fitness, où un homme noir fut crucifié - envoyé en détention ! - sur le fondement de fausses accusations portées par des victimes idéales (femmes jeunes, blanches), avec la bénédiction et le soutien intense de cette même "gauche" qui soudain se tenait écartée du courage qu'elle ne cesse en toutes circonstances de professer, cette gauche, qui, adorant faire de la couleur de peau un critère, l'oublia dès lors que l'accusé était noir et les plaignantes conformes à son imaginaire (la plaignante Aline Dessine fut finalement condamnée en Belgique, dans l'indifférence générale, et son avocate Laure Alice Bouvier à 18 mois de prison avec sursis). Ainsi, évidemment, l'affaire Assange et Wikileaks (accusé à tort de viol et ostracisé pendant dix ans), puis bien plus tard, et comme fruit naturel de ces combats, la mienne propre, qui amena à ma condamnation pour avoir dit crûment la vérité et réfuté une accusation calomnieuse, en faisant honte à celles qui avaient fait des violences sexuelles un instrument de vindicte individuelle et politique, au détriment de la société. À chaque fois, la gauche institutionnelle et citadine, y compris dans ses dimensions les plus militantes, se tint loin, incapable d'assumer ses contradictions, et la nécessité de censurer les déviances que ses propres victoires et les systèmes de pouvoir qu'elle enfantait finissaient par générer.
**Pris dans une ivresse de surperformance, probablement liée à son sentiment légitime d'illégitimité et au sentiment d'impunité, Jason Arday ne s'est pas contenté d'inversions accusatoires, multipliant les allégations non-établies, et pour nombreuses mensongères, de persécutions dont il aurait fait l'objet, allant jusqu'à invoquer son autisme pour justifier ses plagiats. Il a notamment prétendu avoir levé 5 millions de livres pour des bienfaisances, là où il n'a collecté que quelques milliers de livres. Ses déclarations suivaient d'ailleurs une linéarité intéressante, à mesure que ses mensonges et transgressions n'étaient pas sanctionnées, rendant d'autant plus inéluctable la chute: « plus de 100 000 livres » (2010), « 4,5 millions pour plus de 80 associations » (2021), « un peu plus de 5 millions », puis « 5,5 millions » (2024). L'Advertising Standards Authority a demandé à l'automne 2025 le retrait de chiffres sans pièces ; Simon & Schuster a réécrit discrètement sa notice en 2025 (« a fait partie de plusieurs équipes de collecte ») et retiré les montants de l'édition britannique de ses mémoires, qu'il n'avait pas lui-même écrits, et qui ont été publiés la semaine de sa mort. Ses professorats invités (Ohio State, Durham, Glasgow…) ont été démentis par plusieurs institutions, son mutisme et illettrisme infantile ont été contestés, sa thèse comportant plus d'une centaine de passages plagiés, et surtout, il n'aura, malgré son ascension éclair, produit aucune œuvre substantielle, comparable aux attendus des institutions en lesquelles il aura réussi à se faire coopter.
*** Prisonnières de régimes électifs incompatibles avec tout régime de la honte, poussées à valoriser à tout prix les communautés qu'elles cherchent à capter, les forces progressistes, faute d'avoir mené leur révolution spirituelle, semblent prises dans le régime terminal de leur laïcisation. Après s'être contentées de donner à l'homme ce qui était à Dieu, et laissé au privé ce qui revenait au commun, elles se sont emprisonnées dans un régime du pardon et de la rédemption sans jugement, ad nauseam, et de la subvention ad libitum comme seuls vecteurs d'évangélisation.
Version anglaise de cet article : Why Has the Left Lost Its Sense of Honour?