Le Président bolivien de centre-droit Rodrigo Paz, élu en octobre dernier, récolte les fruits de sa trahison du peuple et des organisations sociales qui l’avaient pourtant mené au pouvoir.
Il avait promis de ne pas sacrifier les populations les plus vulnérables, mais les premiers mois de son mandat ont soldé la suppression de plusieurs impôts pour les plus riches, et la baisse de 30% dans les dépenses publiques, le plaçant clairement du côté du patronat. Schéma classique d’un candidat centriste, le président fait désormais face depuis plus de trois semaines à des manifestations et des blocages de plus en plus radicaux. Le mouvement, rapidement rejoint par les partisans de Evo Morales, président de 2006 à 2019, qui ont promis un “blocus total”, menace l’approvisionnement de la capitale.
Bien que ce dernier soit le sujet d’un mandat d’arrêt pour traite présumée de mineure dont l'orchestration est dénoncée avec force, et lié à plusieurs d’affaires de corruption (détournements d’argent via des projets fictifs dans le cadre du fonds indigène, trafic d’influence de son ancienne compagne Zapata, élection de 2019…), sa popularité est encore vive, ayant grandement amélioré la situation sociale et économique du pays durant ses mandats.
Face à cette situation, Paz a vainement essayé de canaliser le mouvement, qui réclame désormais sa démission, en baissant ce lundi 25 mai de 50% son propre salaire et ceux de ses ministres.
Véritable échec symbolique, sa seule solution pour se maintenir en poste est de mener une répression à plus grande échelle, entamée ce mardi par l’abrogation d’une loi votée au Parlement, facilitant le recours à l'État d’urgence, et donc au recours à l’armée.
Le soutien des troupes militaires est capital, étant des actrices politiques instables au lourd passé (coups d’États, médiateur politique, répression populaire…), et proches de certains secteurs conservateurs. L’abrogation de cette loi est une victoire stratégique pour Paz, qui lui permet de solidifier sa position, en essayant de rallier à sa cause cette entité instable politiquement.
L’issue de cette révolte est aussi un enjeu pour d’autres acteurs, cette fois étatiques. Washington défend le gouvernement Paz, qui est le premier depuis 2008 à reprendre complètement les liens diplomatiques, contrairement au MAS (mouvement vers le socialisme) qui a toujours dénoncé les ingérences politiques américaines ; d’ailleurs, la déclaration du numéro deux de la diplomatie états-unienne, Christopher Landau, qualifiant les manifestations de “coup d’État” mené par une alliance entre “politique et crimes organisés”, le révèle bien.
Le maintien de Paz au pouvoir permettrait ainsi aux Etats-Unis de poursuivre la reconstruction de leur influence sur l'État latino-américain, qui s’est ces vingt dernières années, rapproché des BRICS, particulièrement des russes et des chinois, qui ont beaucoup investi dans les infrastructures nationales, convenu des accords énergétiques et bâti des relations diplomatiques stables avec la Bolivie.