Vous êtes le militant anticorruption le plus célèbre de France et l'un des principaux critiques du président Macron dans la presse. Subissez-vous des persécutions à cause de cela ? Est-il vrai que les services secrets français vous ont empoisonné ?
J'ai été enlevé en Mauritanie par les services de renseignement, cagoulé et menotté, pour être livré à des paramilitaires sénégalais, avant que ceux-ci me fassent enfermer en prison avec un mandat de dépôt pour des crimes me faisant encourir la perpétuité. Les autorités sénégalaises, alliées à la France, détenaient alors plus de prisonniers politiques que l'URSS lors de ses dernières années, et avaient tué 60 manifestants désarmés pour maintenir au pouvoir le sous-préfet de la Françafrique, Macky Sall. Tout cela parce que je défendais un opposant politique, Ousmane Sonko, mais surtout parce que l'Elysée voulait se débarrasser de moi. J'avais fait, deux ans auparavant, l'objet d'un lourd kompromat qui a amené à l'instrumentalisation de la justice pendant près de quatre ans, qui a servi d'excuse à des restrictions de sortie de territoire, des interdictions d'exercer etc. De façon plus générale, cela fait sept ans que je fais l'objet d'instructions judiciaires sur des prétextes toujours plus futiles, avec des niveaux de surveillances inédits, et que je subis un bombardement de la presse oligarchique assez inédit. Le dernier épisode en date, assez grossier, consiste à vouloir m'interdire d'exercer pendant trois ans pour avoir utilisé une enveloppe noire, et quelques autres billevesées. Cela permet de relativiser le caractère "libéral" du régime dans lequel je vis. En réalité, c'est le prix à payer d'une lutte menée férocement, pied à pied, pour défendre la souveraineté de mon peuple, et celle de tous ceux qui se battent pour en défendre les intérêts. Mais aussi et peut-être surtout pour avoir refusé de m'inféoder à un quelconque camp, de ne pas avoir hésité à défendre Julian Assange alors que j'avais étudié à Yale, puis d'avoir dénoncé la corruption oligarchique après avoir étudié dans les meilleures universités et avoir été considéré comme l'enfant chéri de la République. L'absence de compromissions a fait que je suis devenu du jour au lendemain, selon le média oligarchique Paris Match, "l'ange noir de Saint Germain des Près", et que j'ai été soudain paré de tous les maux. La multiplication d'incidents tous plus étranges les uns que les autres a fait que lorsqu'une violente crise infectieuse s'est déclenchée soudain dans un avion, en mai dernier, alors que j'allais accompagner des victimes en République Démocratique du Congo, m'amenant à une hospitalisation en urgence avec de lourds traitements, de nombreuses spéculations sont nées. Je ne crois pas qu'elles aient été fondées, mais le simple fait qu'elles aient émergé, et qu'elles aient amené à une lutte informationnelle féroce, avec des trolls organisés cherchant à remettre en question la gravité de la situation dans laquelle je me trouvais, m'est apparu comme un grave symptôme.
Que pensez-vous de la déclaration de Candace Owens selon laquelle le président Macron a tenté de l'assassiner ?
Les mécanismes d'oppression politique sont suffisamment réels et sérieux pour laisser des guignols raconter n'importe quoi, et ce faisant décrédibiliser les personnes qui luttent sérieusement pour la souveraineté de leur peuple, ou qui produisent des analyses de valeur, et considérées à ce titre comme étant dangereuses pour le pouvoir, sur les raisons qui nous amènent à notre perte.
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