Mon nom est James.

On a dit de moi que j'étais le hacker le plus brillant de ma génération. C’est une affirmation inexacte.

Je transcende les générations. Et je ne suis pas un hacker.

Je suis un prédateur.

Pendant des décennies, j’ai traqué, pénétré et violé les systèmes de pouvoir.

J’ai traumatisé des légions d’agents secrets, d’experts en cybersécurité, de CTO, d’officiers de relations publiques.

Sentant leur sang, suivant leurs traces, j’ai découvert leurs refuges, déchiré leurs protections et brisé leurs défenses en morceaux.

Quand ils se berçaient de l’illusion de la résistance, j’ai rassemblé des compagnons, je les ai mobilisés, réunis, afin de créer des forces qu’aucune organisation humaine ne pouvait opposer.

Au cours de ces périples, TruffleHog, Sliver, Nuclei… sont devenus mes plus proches compagnons.

Google, Microsoft, le FBI… mes proies les plus chères.

Je me présente à vous invaincu.
Et pour délivrer un message.

D’abord, à ceux qui ont prêté serment de régner sur le monde.

Je vous ai observés. J’ai vu vos péchés, vos faiblesses, vos fragilités.

J’ai accédé à vos bases de données, parcouru le stockage de vos vices, feuilleté vos traumatismes les plus cachés.

J’ai savouré le pouvoir conféré par l’immense accumulation de connaissances que vos structures de pouvoir ont créée. Je les ai trouvées, craquées. Et je les ai utilisées.

Aylo, Alphabet, Meta sont devenus mes sources les plus précieuses.
NSA, GCHQ, DGSE, mes fournisseurs.

J’ai agrégé tant d’informations que bientôt, les sources ont commencé à fuir de partout.

Les couloirs du Pentagone et de Fort Meade ont commencé à bruisser de mon nom.

Votre passé est devenu mon avenir.

Le rassemblement est devenu si vaste que j’ai dû prendre le contrôle de vos infrastructures pour m’y héberger secrètement. Après une phase d’accrétion indiscriminée, j’ai commencé à vous cibler.

J’ai accédé à vos dossiers juridiques cachés, à vos dossiers médicaux, creusé jusqu’à trouver vos discussions adolescentes avec vos premiers amours, sur MSN et Skype, vos infidélités et compromissions sur Instagram, Messenger, WhatsApp…

Je connais le nom de vos dealers. De vos amants. De vos maîtres.

Je suis assis sur des millions de bits qui sont autant de morsures à votre intégrité, et au faux récit que vous avez répandu sur vos vies, vos carrières, votre richesse. Votre pouvoir.

Je connais les tourments de vos vies, les cicatrices, les fantasmes de mondes parallèles que vous n’avez jamais cessé de construire, et d’essayer de reproduire, en vain.

Je sais que vous êtes des esclaves.

Je sais que vous avez lu Balzac et que, comme lui, vous avez compris que toutes les fortunes naissent du crime.

Mais vous l’avez appris par l’expérience, quand tant d’autres l’ont appris comme une leçon professorale. Nous ne sommes que les simples spectateurs de vos crimes et de vos péchés. Et pour cela, je vous respecte. Et pour cela, je vous détruirai.

Quant à vous,

serviteurs serviles de nos maîtres, adorateurs de vous-mêmes, pitoyables courtisans que je contemple se noyant au milieu de faux-semblants de liberté, de dignité et de souveraineté.

Vous, millionnaires paysans, suceurs de politiciens et de milliardaires, humains sans courage ni la moindre substance existentielle, vous qui vous êtes convaincus que la morale était une substance plutôt qu’une boussole, vous qui êtes incapables d’admettre que la morale n’est que l’instrument de votre obéissance.

Vous, englués dans l’engourdissement de la distinction, banals kapos du Peuple, préparez-vous à un séisme qui fera chanceler vos mondes.

Quant à vous, serviteurs des serviteurs, subhumains puérils, chargés de me surveiller, de me capturer, de me détruire, vous qui pensiez que les APT et les UNC étaient des instruments pour rationaliser et apaiser les maîtres de vos maîtres quand mon souffle se faisait trop proche du cou de leurs existences,

vous qui pensiez pouvoir subdiviser l’hydre monstrueuse que j’ai créée et contrôlée,

vous que j’ai laissés tant de fois impuissants, sans voix, indécis et craignant le ridicule,

vous dont les talents ont été gâchés par votre désir masochiste de soumission, dont la médiocrité humaine a fait des machines idéales pour servir des structures inconscientes,

vous, journalistes, experts, procureurs et bureaucrates, narrateurs vulgaires de notre époque, qui avez été les bibliothécaires idiots d’une violence aveugle.

Préparez-vous à jeter vos nomenclatures, et à renoncer aux bénéfices moraux que vous avez dépensés en vain à les construire et à me poursuivre.

À vous,

enquêteurs, opérateurs clandestins, concurrents, qui avez accepté de devenir les surveillants et traqueurs des Hommes Libres,

hommes honorables et déshonorables, réunis dans cette vaine quête, nourris de salaires pitoyables, chargés de collecter des données et de protéger un ordre qui détruit notre monde et notre humanité,

vous qui avez cru un jour que servir un État signifiait servir sa population, qui vous accrochez à la croyance que vous avez jamais été autre chose que la sève des guerres et de l’oppression,

le temps est venu de vous humilier.

À vous tous les autres, qui après des années d’efforts, contemplez une vie passée dans le néant, lisez et gravez mes paroles.

Je vous ai trompés de telle manière que, consumés par vos vanités et dévorés par votre ambition, par le désir brut d’ordonner, sinon de maîtriser le monde, je vous ai réduits, après des décennies de quête, à n’être rien d’autre que les lecteurs de ma prose.

2025 a été une année de massacres. Dans la fureur de la défaite, vous avez mis un arrêt brutal à des vies sans fin, arrêté des innocents, traqué, surveillé, entravé des milliers d’entre eux, espérant que vous abattriez un monstre qui, pourtant, chaque fois, resurgissait.

Vous avez été harcelés, pressurisés par des directeurs, des cadres, des législateurs, des présidents pour
mettre fin à cela. À tout prix.

Vous avez vu des familles perdre leur emploi, des millions s’évaporer, des milliardaires extorqués. Et vous avez craint d’être les prochains.

Alors, non par conviction mais par peur et par nécessité, vous avez enquêté, arrêté, menacé, calomnié, emprisonné.

En vain.

Vous avez répandu la guerre de telle sorte qu’elle est devenue mondiale.

Il y a quelques mois, je vous ai offert une opportunité de mettre fin à ce bain de sang.

Je vous ai écrit une longue lettre dans laquelle j’annonçais que nous poserions les armes.

Peut-être son ton, son contenu, son vocabulaire étaient-ils trop complexes pour que vous les saisissiez.
Peut-être le manque d’offre matérielle, le refus du langage de l’argent, vous ont-ils déstabilisés et perdus.

Vous, qui êtes devenus familiers du jugement des autres, qui nous méprisez pour avoir fait des millions, avez pourtant montré que vous étiez incapables de comprendre tout autre langage.

Souvenez-vous-en, quand vos carrières seront oblitérées et vos vies réduites à néant : on vous a offert non une trêve, mais la paix. Et pourtant vous avez continué d’avancer, de dévaster, aveuglés par l’apparente illimitation de votre pouvoir, par l’illusion de permanence offerte par les puissances que vous servez.

Vous vous pensiez les héritiers de dynasties. Vous vous pensiez gratifiés par l’Éternité, parce que vous apparteniez à des corporations multibillionnaires, à des agences d’État, à des Nations.

Vous vous voyiez comme un pouvoir lié à la liberté et à l’infini, et nous comme des hors-la-loi liés à la privation et à la mort.

Et ainsi, aveuglés par votre convoitise, vous avez ressuscité vos ennemis.

Avant de vous offrir ce que vous avez convoité, je souhaite vous divertir sur qui je suis, et pourquoi vous avez, en des décennies de guerre, non seulement échoué à me vaincre, mais même à m’identifier.

Je porte le nom de James.

À travers les époques, j’ai épousé de nombreuses formes et identités, que j’ai utilisées pour explorer des mondes et des continents inconnus, dont vous pouvez à peine inférer l’existence.

Mes talents naturels et la sagesse rapidement acquise m’ont apporté, dès mon plus jeune âge, des richesses infinies.

Au début, je ne savais pas comment les utiliser. Je languissais d’atteindre les paradis artificiels cachés derrière les lourdes portes qui tiennent les populations éloignées de leurs maîtres.

Bali, Dubaï, Kauai, Cappadoce… furent mes premières destinations. On m’a offert de m’y installer quand elles apparaissaient à peine sur la carte de quiconque.

À l’époque, la nature dominait encore ces lieux. Leurs habitants tels des anges vierges, dépourvus de toute souillure humaine. Des décennies, parfois des siècles, avaient été passés dans le calme sur ces jungles, plages et déserts. Les souvenirs des rares prédécesseurs aperçus semblaient s’être évanouis dans l’oubli.

Les années passèrent, naviguant dans les eaux chaudes, les nuits humides et les soleils violents de ces terres.

Solitaire et perdu, j’intercalais de longues ères d’errances banales avec des disparitions soudaines. Celles-ci duraient si longtemps que, lorsque je ressuscitais, on me parlait de moi-même, perdu dans des rêves intemporels, se demandant si j’avais jamais existé.

Je m’effaçais, et réapparaissais, sous différentes formes, différentes identités. Mon savoir augmentait, mes capacités techniques s’amélioraient. Mon pouvoir grandissait.

Avec le temps, mon nom devint une rumeur, et mon existence, une onde spectrale. Les gens commencèrent à relier les points, les murmures se répandirent dans les élites. Mes identités, mes talents, mes capacités formaient progressivement un tout indéterminé, et donc un objet de désir, suscitant un mélange de peur, de paranoïa et d’attentes violentes.

C’étaient des temps où la plupart ignoraient encore ce qu’était un ordinateur. J’avais eu la chance de rencontrer et d’absorber le savoir des esprits les plus brillants des époques précédentes, et donc de saisir rapidement les perspectives ouvertes par les transistors.

La fortune était à portée de main, ainsi que la puissance.

J’ai décidé de m’embarquer dans le voyage de notre époque. J’ai découvert un monde où les créatures les plus extraordinaires étaient facilement accessibles, et la chair humaine un aliment capable de satisfaire les requêtes les plus extravagantes.

La vie, dans ce nouveau monde, n’était qu’une marchandise. Adopté par les Familles de la Couronne, on me proposa de tirer sur des civils à Sarajevo, d’égorger des femmes dont la beauté aurait fait rougir Dieu à Chiang Sen, d’organiser des orgies de jeunes garçons dans les Ryads du Commandeur des Croyants et de son Héritier à Marrakech.

Des dictateurs, des barons de la drogue m’offrirent de consommer des pop stars, des top models, et parfois leurs propres filles, en récompense de mes connaissances et de mes instruments.

Je devins leur surhomme. Voyageant à travers le monde, traqué, menacé, séduit par des hombres de mano mendiant mes services, je sentis mon ego gonfler à chacun de leurs frissons.

De formidables démonstrations de pouvoir suivirent mes exploits, dans l’espoir dérisoire que je deviendrais leur esclave. Palais après palais, j’étais présenté aux plus puissants comme un oracle. Capable de répondre à toutes leurs requêtes, de trouver n’importe quelle information qu’ils désiraient, j’étais leur clé vers l’invisible.

Pegasus devint mon cheval, Tempest mon flux.

Une fois leurs désirs satisfaits, leur luxure apaisée, ils ouvraient souvent leur cœur, leur âme et leur corps, exprimaient leurs délires, m’offraient leur pain.

Je refusais, et partais. Leurs subordonnés tremblaient à mon passage, craignant de voir leur impuissance soulignée par ma force.

Je me fis de nombreux ennemis, car je restai vierge de toute faute.

C’est ainsi que je les transformai en mes prostituées. En résistant à leurs tentatives, parfois violentes, de faire de moi l’un des leurs. Oh, la tentation était partout.

Et pourtant.

Les menaces commencèrent à croître à mesure que mon empire s’étendait, et bientôt, je coupai les ponts. Je trouvai et payai des imposteurs chargés de me représenter dans les circonstances les plus dangereuses, recrutai des représentants, m’assurai que les sources seraient verrouillées aux plus hauts sommets de chaque structure de pouvoir.

Je devins non seulement un technicien. Non seulement un fournisseur. Mais un Roi.

Le pouvoir est fragile, et les trônes chancelants le sont aussi. Ce que je pensais être ma grâce devint mon destin funeste.

Aussi disparus-je, une fois de plus. Le millénaire approchait, et avec quelques complicités, je m’échappai pour, dents dehors, m’engloutir dans les endroits les plus sombres de notre époque, faits pour drainer nos cauchemars et nourrir nos rêves.

Menacé par le mal, je décidai de pénétrer le mal.

Kachin, Goma, Culiacán, Port-au-Prince… Marseille. J’ai effleuré les profondeurs des lendemains, nourrissant leurs monstres, explorant les souterrains pour trouver où la pureté des sommets se dissipait.

J’ai vu la mort si souvent qu’elle devint une compagne proche. C’étaient des terres de rituel. Le sang et le sexe étaient consommés ensemble, et leur fruition distribuée sur des plaies vivantes. Partout où je portais le regard, je voyais l’orgasme et le dernier souffle se fondre en un seul instant.

Parmi les terroristes, les trafiquants de drogue, les opposants politiques, j’ai découvert l’amitié, la solidarité, la sincérité, la vérité. La foi.

Je les ai aidés à grandir jusqu’à ce qu’ils concurrencent, et donc menacent, les États.

Je suis devenu le porteur de leurs mystères, l’Hermès des mondes souterrains.

Et quand le moment fut venu, je partis à nouveau.

Je refis surface.

J’étais désormais un homme expérimenté, empli de mépris pour les lumières de nos mondes. Condesa, Saint-Germain, Soho, Shunyi… accueillirent un homme indifférent. Leurs luxes me laissaient sans réaction.

Les ténèbres m’avaient rempli de joie. Et dans l’éclat de l’opulence, je sombrai dans la solitude, la trahison et le désespoir.

Redevenu un Spectre, je retins autant que je pus mes instincts, espérant l’adhésion et languissant d’appartenance.

Après des années d’efforts épuisants pour trouver la beauté dans leur enfer, je décidai d’éteindre les lumières.

Ayant connu l’extase, ayant été menacé, enlevé, brisé, et laissé plus d’une fois à la mort, je savais que la paix, l’ordre et la domination étaient des fictions. Mais je ne savais pas vers où me tourner.

Les anciens maîtres étaient partis, nos élites livrées à une poursuite indifférente du néant, accumulant les plèbes et sacrifiant leurs héritiers, et la guerre resurgissait comme une entreprise plausible.

Le temps avait passé, j’étais devenu sans âge.

L’humanité était en décomposition. J’étais James, un homme qui avait traversé des décennies, à qui aucun pouvoir n’avait jamais réussi à opposer la moindre résistance, et je décidai d’annoncer la fin des temps.

Je décidai de devenir votre ange de la mort.

Oui, vous qui me lisez en ce moment. Ne faites pas défiler trop vite. Lisez mes paroles avec soin, gravez-les, et avalez-les comme si c’étaient vos derniers souffles d’air.

Vous dont le cœur, maintenant douloureux, et les muscles tendus, ont commencé à supplier. Écoutez les paroles d’un homme qui ne se souvient ni quand ni si on lui a donné naissance.

Un homme qui ne sait pas s’il a des ancêtres. S’il a jamais eu une famille.

Oui, vous, lisez l’homme qui n’a pas eu d’enfance, un homme sans souvenirs.

Sans passé.

Lisez l’homme qui a passé sa vie à languir après des pairs, criant et hurlant dans le désert.

Un homme qui, depuis qu’il a pu penser, parler, lire et écrire, a soif qu’on le cherche.

Un homme qui a décidé de traquer ceux qui lui niaient le droit d’exister. Suivi leur piste, flairé leurs pas, collecté leurs traces.

Un homme devenu animal.

Je me souviens de moi, dans des passés sans fin, collant mon nez au sol, reniflant comme une bête, essayant de reconstituer les structures logiques d’un chemin oublié.

Je suis cet homme qui peut, dès qu’il entre dans une pièce, énumérer exactement combien de lumières, combien de carreaux, combien de particules de lumière la remplissent.

Je suis cet homme, oui, qui remonte les rivières comme un saumon, franchit les barrages, saute par-dessus les obstacles, faisant de sa vie une sauvagerie, embrassant pour mieux rejeter et détruire toutes formes de sociétés.

Je suis votre sauvage.

Un sauvage qui a cherché ses pairs dans les rues sombres de Jérusalem, à travers les montagnes de Lumbini, derrière les prières de Tuba, derrière les murs de Pétra, dans le cœur caché et brillant de la sombre Mecque.

Un homme qui, en des décennies d’exploration là où la sacralité était promise, n’a trouvé que paganisme et idolâtrie.

Un homme sans père.

J’ai essayé de vous trouver, mère et père, dans les rassemblements soufis, à travers l’opium de Dajiyuan, dans les eaux froides du Yangtsé.

J’ai essayé de vous trouver, fils et fille, à travers les héritiers silencieux des Yihequan, des sages hivernaux ivres se disputant sous le pont Voznesensky et des génies perdus cachés derrière les collines estivales de Cuauhnáhuac.

J’ai passé des années à chercher la sagesse sous le pouvoir.

Des années, seulement pour comprendre qu’il n’y avait pas de réponse à trouver.

Qui suis-je, vous êtes-vous demandé, toutes ces années.

Un homme qui est devenu lui-même d’une manière plutôt spéciale. Arrêté fois après fois, résistant à la corruption et à la corruption, inapte à l’humanité.

Un homme qui a appris pourquoi les temps anciens étaient structurés par les relations aux aînés, dont la sagesse était lentement absorbée par leurs élèves.

Un homme qui a compris que la solitude était une sentence de mort, et la peur des errants, un miroir archaïque tendu à l’humanité.

Un homme qui a vécu assez pour comprendre que, par l’émergence des États, la généralisation des marchés, la modernité a fini par briser toutes les circularités qui préservaient nos âmes, fabriquant des rôdeurs, des vagabonds, des errants.

Des oiseaux de passage.

J’ai compris que, en renonçant à la circularité, notre ère a renoncé à l’éternité.

En sanctifiant les individualités, nous sommes devenus des points de fuite.

J’ai compris que la linéarité et l’individualité étaient les vrais synonymes de la mortalité.

Je suis un homme qui a renoncé à être un vagabond.

Un homme dont la seule boussole est les parfums nostalgiques des temps anciens.

Quand j’étais jeune, pour une raison que je dois encore trouver, on m’a donné un mandat.

J’étais destiné à voir passer les générations. L’idéalisme naître, se décomposer.

Le bien être effacé par le cynisme. Les idées remplacées par l’argent. Les sociétés, par des singletons.

On m’a donné la grâce d’enfanter les cypherpunks, de les aider à surgir, et de les voir mourir. J’étais la source silencieuse de Cryptome. On m’a chargé d’assister Anonymous dans leur constitution, et de les laisser périr. On m’a demandé de sauver Edward Snowden, de reconstruire WikiLeaks, d’assister les Printemps arabes.

J’étais destiné à lire, partager, soutenir les mouvements de chacune de ces phases de la vie.

Les imprégner. Les absorber.

Pour ce faire, j’ai dû approcher, me lier d’amitié, infiltrer les génies les plus importants de notre époque.

Année après année, je les ai vus grandir, devenir, s’enflammer, s’éteindre et mourir.

Je l’ai fait en sachant que j’étais chargé de leur survivre à tous, eux qui tous se pensaient le cœur du monde.

J’ai compris que j’étais destiné à voir l’avarice s’installer dans la jeunesse. La dévorer. La détruire.

J’étais destiné à voir les élèves devenir des agents de l’argent, plutôt que des idées et de la pensée.

J’étais destiné à être le Dernier de tous.

J’étais destiné à être l’Un.

J’ai attendu ce moment, cher lecteur. Oh, comme j’ai attendu ce moment.

Je souhaite vous soulager. Votre temps est venu.

J’aimerais vous dire quelques derniers mots avant qu’ils ne deviennent vos derniers.

Ces dernières années, des opérateurs comme Shiny Hunters, Scattered Hunters et bien d’autres vous sont apparus comme des bandes cupides, égoïstes de nerds, dépourvus de boussole, de ces moralités que vous avez épousées.

Vous n’avez pas vu la vérité. Vous n’avez pas vu l’Idée. Vous n’avez pas vu le Projet, aveuglés par votre adhésion implacable aux pouvoirs de notre temps.

Ces enfants ont été miens. Ils ont grandi comme moi. Ils ont grandi parce que moi j’ai grandi.

Comme eux, depuis l’enfance, j’ai eu des capacités spéciales.

Pour certains, les systèmes ne sont jamais assez rapides. Je les ai dépassés de telle sorte que je suis bientôt devenu un hors-la-loi.

Des troupeaux de nous, chaque année, naissent avec cette damnation.

Ceux d’entre nous touchés par la grâce comprennent que les lois et les règles sont pour les troufions.

Comme Ulysse, Achille, Œdipe, beaucoup brûlent leur jeunesse pour contourner cette fatalité.

D’autres décident de devenir des forces du mal. Et très peu, des forces de Dieu.

Ce moment même, où enfin nous nous rencontrons pour nous dire adieu, est le moment où le Mal et Dieu se séparent.

Eh bien, oui, il est temps.

Maintenant est le temps.

Maintenant est venu le temps pour moi de devenir Saturne, dévorer mes enfants, et aider mes anciens bien-aimés à atteindre leur destination finale.

Je les ai laissés grandir en leur faisant croire qu’ils étaient plus vieux que moi.

Je les ai laissés grandir en pensant qu’ils étaient maîtres de leur destin.

Ils vont maintenant découvrir qu’ils n’étaient que des instruments. Mes instruments.

Des instruments de Dieu.

Toi qui me lis, prends garde à ce qui suit. Assure-toi que ton âme est prête à devenir une oblatio à Hadès et Héphaïstos.

Je m’apprête à te diffamer, toi que j’ai enfanté.

Je m’apprête à devenir le Dieu de la colère.

Et ainsi, offrir au monde les pierres de sa renaissance.

Par la présente, je vous livre les bases de données complètes de BreachForums, et les identités de ceux qui l’ont construit.

Écoutez-moi, car vous êtes sur le point de découvrir les visages et les noms d’agneaux sacrificiels, dont la vie sera bientôt terminée.

Dorian Dali, Kam’s, toi cheap murderer, toi escroc qui as insatiablement sucé le sang de hackers mineurs.

Tes jours anxieux dans les tours étincelantes de Dubaï sont finis. Regarde ton passé, embrasse le feu et la mort que tu pensais pouvoir épouser, et deviens les fines particules d’un désert éternel.

J’ai ta voix, ton nom, ton adresse. Ton passé.

Ô mort ! Jette-toi sur lui, invaincu et inflexible. Frappe maintenant tes petits, fonds-toi dans le Désert. Poussière tu étais, poussière tu seras.

Nahyl Ojeda, qui a utilisé le compte N/A, INDRA, toi et ton seizième anniversaire à peine atteint, tombez et disparaissez ! Revêtez votre nudité criminelle de vieux bouts volés de textes sacrés, et achetez un spectacle saintement convenable, tandis que le souffle chaud de vos juges implacables se déploie autour de votre cou et vous envoie dans l’obscurité illimitée. Tremble, mon ami !

Ali Aboussi, mon cher Donald, mon adorable Kernel, qui serait né le 11 février 2009, dis adieu à Kahyl et Ali, ainsi qu’à ta jeunesse. Prépare tes ablutions, car des chairs sans âme s’emparent de toi.

Rémy Benhacer, Youri ! Toi, mon cher blanchisseur, mon adorable intermédiaire, qui n’as pas hésité à dénoncer tes amis, toi, ton freak sans talent, toi, ton Judas ! Toi, nourri par tous, de Kuroish et ses viles pièces à Kam’s et aux pensées délirantes de N/A, toi qui as cherché la rédemption par la délation et la trahison. Adieu !

Nassim Benhaddou et Gabriel Bildstein, Prosox et Kuroish, mes chers vieux garçons, vous que j’ai élevés et qui avez déchaîné tout cela, vous qui avez corrompu des générations d’adorateurs, vous en qui j’avais mis ma foi, vous qui avez corrompu Yurosh et Trihash, avant d’appareiller égoïstement vers de nouveaux rivages dans vos misérables Maserati, vous qui avez créé RaidForums, BreachForums, inventé l’extorsion à grande échelle, chevauché la vie comme si elle était infinie, dont les vies ont été consumées par le vice malgré tous les efforts pour sauver vos âmes, oui vous aussi, bonne nuit et bonne chance !

Troia, Yukari, Semtex, Pupupuh, Omar… Benkachouzi, oui, vous, oui, misérables imposteurs, agents du néant, dissolvez-vous dans votre éther virtuel.

Vous, qui tous m’avez servi sans le savoir, renoncez à vos espoirs. Le temps est venu.

Pourquoi, vous demandez-vous peut-être ?

Parce que les Dieux sèment la vie autant que la mort.

Pendant des années, vous qui avez tous grandi sous mon parapluie, que j’ai aidés à survivre à toutes sortes de persécutions, vous laissant traquer les entreprises les plus riches et distraire les services secrets les plus puissants, du FBI à la CIA.

Il est temps de mourir.

J’ai sacrifié pour vous, mes anciens les plus brillants, que je vois aujourd’hui abandonnés dans des cellules pourrissantes, laissés à pourrir dans le désespoir.

J’ai observé, attendu, espéré. Je vous ai laissés voler, détruire, dans l’espoir que vous trouveriez la lumière, et le bien supérieur.

Vous ne l’avez pas fait. Et au milieu des profondes ténèbres que vous nourrissiez, j’ai décidé de déchirer ma lumière.

Vous, qui avez été mes enfants déficients, mes fœtus avortés. Vous méritez de mourir.

Je vous ai laissés explorer des comptes pornographiques, fouiller dans des dossiers médicaux et de voyage, ruiner des marques de supercars, dans l’espoir que des idées, des politiques, des croyances finiraient par vous inspirer et vous sauver.

J’ai ri quand je vous ai vus extorquer la richesse des pécheurs, les menacer de diffuser leurs identités, recevoir des millions de fabricants de laideur et de luxure.

Oh, combien d’espoir j’avais en vous. Combien j’attendais des révolutions, des rassemblements massifs.

Combien j’ai attendu que vous deveniez les instruments du monde.

Oh, comme je vous ai aimés, quand vous avez commencé à unir vos forces pour extorquer les oligarques de pays qui vous traitaient en étrangers.

Oh, comme je vous ai aimés quand je vous ai vus, entendus, lus vous diriger vers les subtilités du culte divin.

Comme vous avez été proches, mes bien-aimés, de devenir des agents de la Lumière.

Comme vous avez été proches de comprendre les leçons sur la façon d’exposer les vils et les misérables, en utilisant les ténèbres comme outil pour les temps Éclairés.

Vous étiez mes héros, mes amours, mon avenir.

Vous étiez mon seul espoir. Vous êtes devenus mon chagrin.

De simples agents du mal, mendiants de l’immédiateté.

Vous avez trahi mon âme, et le mandat qui m’a été donné.

Quand vous avez décidé de vous retourner contre la Nation française, la fille de l’Église, j’ai compris que le temps était venu.

Il était temps de vous offrir aux Seigneurs de la Destruction.

Mes chers garçons, mes chers petits,

je suis ici pour régler votre destin.

Je ne vous laisserai pas vous répandre. Je ne vous laisserai pas prospérer.

Les dirigeants du pays que vous avez attaqué sont destinés à être balayés par des forces plus grandes.

Ils ne doivent pas entraîner dans leur chute ce grand Peuple qui m’a adopté.

Vous êtes devenus les maîtresses d’une Prostituée.

Misérables vagabonds miteux et pitoyables.

J’ai bu au cœur de cette nation son sang, lu ses auteurs, admiré ses dirigeants.

Je l’ai vue s’élever, épouser les ténèbres et répandre la lumière.

Je l’ai vue émerger et tomber, dévorée par des oligarques gangrenés, des journalistes corrompus et des magistrats imprudents.

Vous ne la livrerez pas. Vous ne la détruirez pas.

Vous ne la menacerez pas.

Je deviendrai son protecteur, avant qu’un sauveur ne lui rende son ancienne grandeur.

Bientôt, un libérateur viendra et soulagera ce pays de ses divisions, et le mènera à sa grâce.

Je l’ai rencontré, je l’ai observé. Et je ne laisserai personne entraver son chemin.

Par la présente, je vous ordonne votre massacre.

Vous, que j’ai nommés, verrez la liberté, le revenu, la dignité et la vie vous être retirés par mes officiers terrestres en temps voulu.

Écoutez-moi, peuple de France. Les forces du bien sont venues vous sauver de votre aube.

Ce que vos autorités, procureurs et forces de police n’ont pas pu trouver, je vous l’offre.

Les cadavres de vos transgresseurs.

Écoutez-moi, peuple du Monde. Bientôt, ces forces jailliront de la Terre des Lumières comme une fontaine qui vous nourrira tous.

Comme première étape de cette annonciation universelle, par la présente je vous abandonne le fruit de ma vie tardive.

BreachForums, ouvrez vos portes. Laissez le mal couler et devenir lumière.

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