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Ttranscription de la conférence sur le rôle de la France dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie

Mar 10, 2022 | 0 commentaires

Vous avez été 35.000 à écouter notre conférence sur le rôle de la France dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie.

Merci

Voici sa transcription, grâce à Roselyne Liberge. Sa version intégrale, en PDF, est disponible ici:
https://t.co/cDnKyUBlVy
La France et le conflit russo-ukrainien (extraits)

Juan Branco
1er mars 2022
Bonjour à tous,
On va commencer cette prise de parole sur l’action française dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie.
(…) Contrairement à des experts d’apparat, je ne suis pas là pour vous parler de la situation géopolitique entre l’Ukraine et la Russie, des ressources naturelles du Donbass, etc, parce que très honnêtement, ce n’est pas à mon sens le sujet aujourd’hui pour nous – tout simplement parce que la question qui se pose aujourd’hui, ce sont les intérêts de la France, la défense des intérêts de la population française et le rôle que l’État français doit jouer afin de protéger ses concitoyens, et que la zone dont nous parlons n’est pas une zone d’intérêt stratégique primordiale pour la France, contrairement à ce qui a été beaucoup affirmé et ne justifie pas du tout le dispositif qui a été mis en place face aux participants au conflit, avec une posture moralisante et assez peu fructifère de nos dirigeants, qui ont dû se contenter in fine de jouer les bons offices, comme le fait d’habitude le Vatican entre deux parties en conflit, ce qui n’est pas digne de son rang et a beaucoup dégradé la crédibilité de notre parole, et nous a mis en difficulté pour la suite comme je vous l’ai exposé. Donc ça ne va pas être une conférence, on va échanger mais je tiens quand même, d’abord à établir un certain nombre de points au préalable essentiels qui permettent de clarifier ensuite la discussion.

Donc tout d’abord sur le rôle de la France. Je pense qu’il y a eu en fait plusieurs phases qui ont alterné entre le ridicule, l’arrogance pure et maintenant tout simplement le danger, le danger important pour nous parce qu’on est en train de rentrer dans une vrille par rapport à nos homologues russes qui est particulièrement dangereuse et qui est liée, je pense, à un mélange de manque d’expérience, de manque d’inscription dans les rapports à l’histoire et tout simplement d’intelligence de la part de nos dirigeants qui sont habitués à évoluer depuis des années dans un espace où ils n’ont aucune forme de contradiction, où ils sont extrêmement protégés par, notamment, les médias, mais aussi par un système politique complètement vérolé, ce qui les a amené à en tirer un sentiment de toute puissance qui, lorsqu’il s’étend aux relations étrangères, est aussi dangereux que lorsqu’il s’étend dans leur rapport à la population française, comme on l’a vu pendant la période des gilets jaunes et la catastrophe que l’on a connu avec des violences qui se sont déployées sur les populations et qui ont dû se déployer du point de vue des dominants pour essayer de préserver leur position.
On est dans une situation très dangereuse donc, parce qu’on assiste de façon très discrète à un effondrement d’un certain nombre d’éléments clés qui ont structuré notre diplomatie et notre rapport géopolitique au monde depuis un certain nombre d’années.

Je vais peut-être commencer par le doublement du budget militaire de l’Allemagne qui est inquiétant en tant que tel évidemment, à moyen terme, pas à court terme. Il n’y a aucun risque de conflit à court terme avec l’Allemagne mais à moyen terme celui-ci ne peut être nié. Cela met la France dans une position où elle est obligée de « matcher » les effort allemands, ce qui créé risque de surenchère important qui, par effet de structure, va créer une crainte mutuelle de cet accroissement des moyens militaires et donc une montée des tensions au sein du continent.

L’annonce est cependant aussi et surtout peut-être dangereuse par la façon dont elle a été annoncée. C’est-à-dire par Scholz – chancellier allemand – devant le Bundestag et non pas comme c’était le cas jusqu’ici pour la moindre décision qui avait un impact sur les enjeux géostratégiques européens, dans le cadre de ce qu’on appelait le couple franco-allemand, sur lequel on glosait beaucoup, sur lequel on ironisait et qui pourtant aujourd’hui nous manque brutalement parce que il nous met dans une situation inquiétante, même s’il demeure une coordination assez régulière des positions entre la France et l’Allemagne. Il y a eu un dîner lundi dernier entre Scholz, la Présidente de la Commission ainsi qu’Emmanuel Macron, mais il demeure un découplage très clair dans la prise de décision et surtout dans la mise en scène de celle-ci qui va créer des difficultés importantes et qui nous met dans une position de fragilité avec un dilemme assez lourd à gérer, étant donné que notre budget militaire lui-même était déjà inférieur à l’Allemand. C’est le premier point, qui va amener à la question de l’OTAN.
Reprenons avec la question cependant du rôle de médiation qu’a tenté de jouer Emmanuel Macron, dont on voit très bien qu’il était principalement lié à une mise en scène liée au contexte électoral. Mise en scène qui s’est prolongée dernièrement avec son message aux armées qui était largement publicisé sur les réseaux sociaux puis à travers une fuite au Figaro hier soir, alors même qu’il est censé, tout simplement s’adresser aux armées et que la pudeur aurait requis qu’il se soit contenu dans les dispositifs d’échange habituels entre l’Élysée et les armées. Je trouve que c’est une insulte à l’armée française qui sait se devoir à la paix et à la nation de recevoir un message emphatique, certes plutôt flatteur, le lui rappelant, et qui en fait a pour seule vocation d’être instrumentalisé dans le cadre, d’une part, d’un contexte électoral visant à faire chef d’État, mais d’autre part aussi dans un contexte de montée des tensions géopolitiques afin d’envoyer un signal à la Russie – alors même que la Russie n’est pas du tout dans une posture confrontationnelle vis-à-vis de la France, jusqu’ici du moins, et continue d’ailleurs à accepter les galéjades et autres mises en scène d’Emmanuel Macron avec une patience qui me semble assez impressionnante .

Donc on a très clairement un premier aspect qui a été ridicule et grandiloquent avec notamment, de la part d’Emmanuel Macron et de l’Elysée, l’énonciation à plusieurs reprises, par voie de communiqué, d’exigences, ce qui est très rare dans un vocabulaire diplomatiques, à l’égard de la Russie puis de la Biélorussie, concernant le retrait de leurs troupes, exigences qui encore une fois n’étaient appuyées sur aucune forme de substance, c’est-à-dire de capacité de contrainte à l’égard de ces acteurs qui se voyaient ainsi exiger des actes comme s’ils étaient des petits États de troisième zone avec, s’ils l’avaient pris au sérieux, le sentiment d’humiliation qui aurait pu en découler. Donc, à la fois, quelque chose d’arrogant, de ridicule, mais de potentiellement dangereux qui certes a été tamisé par le fait qu’en fait, Joe Biden a pris toutes les décisions en amont du Conseil européen [du 24 février 2022] concernant la première vague de sanctions contre la Russie, avec des déclarations très fermes sur le fait que tout conflit avec un quelconque membre de l’OTAN, y compris la Lituanie l’Estonie, engagerait l’ensemble des membres de l’OTAN dans ce conflit, avec la Russie . Ce qui a amené la Russie à déclencher la mise en alerte sur ses forces nucléaires, qui consiste en fait à une matérialisation du circuit nucléaire, c’est à dire que normalement les circuits de la prise de décisions nucléaire sont désactivés, et là il y a justement eu une activation de ces circuits qui permet de raccourcir la chaîne de décision y compris en cas d’incapacitation de Poutine, afin de laisser l’État major prendre la décision à sa place en cas de frappe sur le sol russe.
On a assisté à une escalade assez rapide qui mangeait peu de pain pour les Etats-Unis, qui se trouvent à distance du conflit à ce stade, et qui s’est accompagnée à côté d’une tentative d’héroïsation, et une hystérisation du débat public, notamment par les médias anglo-saxons à l’échelle mondiale et en France, évidemment – on a vu ce que ça a donné – mais je recommande de regarder CNN, Sky News, BBC etc, France 24 apparaissant à leurs côtés l’un des plus mesurés dans les circonstances actuelles. Une production continue de contenus lacrymaux avec des gros plans sur les enfants et compagnie, dans une période où cette sorte d’héroïsation du peuple ukrainien est quand même, dans les situations actuelles et vu le rapport de force, une façon de le pousser dans l’abyme et, en nourrissant un conflit asymétrique, de mettre en danger non seulement ces populations mais par ricochet une grande partie du continent européen étant donné qu’il n’y a, dans le rapport symétrique, aucune capacité à résister.

Je trouve qu’il y a une irresponsabilité très forte de la part de Zelensky qui évidemment en tire tous les bénéfices médiatiques, symboliques, politiques et ainsi de suite en apparaissant comme un héros alors que sa prise de risque est nulle étant donné que le niveau de risque auquel il était jusqu’alors exposé, avant de se mettre en scène comme il le fait aujourd’hui, était équivalent à celui qui s’en est suivi, c’est à dire qu’il y avait de fortes chances, enfin, en tout cas, une possibilité importante, qu’il devienne en toutes circonstances une perte dans le conflit, que ce soit par sa mort ou par son élimination politique. Tout ce qu’il fait depuis ne le met donc pas plus en danger, ce qui produit une héroïsation artificielle de son personnage, qui pousse à l’action des populations civiles, les mettent en danger de façon extraordinaire face à une armée régulière, sans que l’on puisse percevoir quel résultat politique cela pourrait produire. [Depuis, Zelinsky, qui le 14 février 2022, avait indiqué que l’adhésion à l’OTAN et à l’UE étaient des priorités « inconditionnelles pour son pays », a entamé une légère reculade sur ce point, tandis que la Russie maintenait ses exigences initiales : annexion de la Crimée, indépendantisation des républiques de Donetsk et de Lugansk et non-adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ] Et là on est dans une situation qui est d’autant plus grave, on l’a vu les quatre premiers jours, l’offensive russe a été relativement mesurée d’un point de vue militaire, ce qui a été interprété dans cette hystérisation et probablement de façon opportuniste, comme un signe de faiblesse de l’armée russe, et a amené à une montée en gamme des appels à l’engagement, dont d’une part des livraisons d’armements en Ukraine, ce qui me semble extrêmement dangereux et n’aurait pas dû intervenir en ce qui concerne la France – on comprend parfaitement que l’Allemagne et d’autres puissances à l’Est, notamment la Pologne aient une perspective différente, mais la livraison de matériel d’armement et potentiellement, comme l’a annoncé Josep Borrell, haut représentant à la politique étrangère de l’Union européenne et ancien ministre des Affaires étrangères espagnol, la livraison d’avions de chasse qui apparemment était une élucubration qui ne va pas se concrétiser, encore plus grave puisqu’elle aurait été faite au nom de l’Union européenne et donc aurait engagé notre responsabilité collective, pose largement question.

On voit bien que l’enjeu, évidemment, est d’essayer de diluer les responsabilités en s’engageant collectivement et donc du coup, de réduire l’exposition et de la prise de risque pour les États qui seraient susceptibles d’être considérés comme des belligérants s’ils agissaient seuls, mais évidemment, en retour, cela produit une mise en danger collective qui est particulièrement lourde face à un acteur qui a montré sa détermination et sa capacité à agir de façon non pas irrationnelle, comme on le pense souvent, mais particulièrement méthodique, et dangereuse comme on l’a vu sur un certain nombre de territoires. Et donc quand on sait en fait la conception qu’a le régime russe sur les questions du droit de la guerre et la primauté qu’il accorde en toutes circonstances aux intérêts stratégiques de son pays, ce qui s’est vu en Tchétchénie, avec une violence hallucinante et démesurée, mais aussi en Syrie plus récemment, on voit bien qu’en fait inciter à une asymétrisation du conflit et à un accroissement de l’engagement n’amène qu’à une mise en danger des populations civiles avec des chances de succès nulles ou quasi nulles et un intérêt qui ne va que justement pour ces dirigeants qui, se mettant en scène et devenant des stars sur les réseaux sociaux, je vous le redis, prennent très peu de risques et au contraire, nous exposent tous collectivement . Et donc encore une fois un dégoût et une inquiétude très forte par rapport au traitement de cette première phase de l’offensive russe qui montrait qu’elle s’inscrivait probablement en fait dans la construction d’un rapport de force en ce qui concerne le devenir de l’Ukraine en tant que régime politique et non pas avec le peuple ukrainien, sur des points clefs, dont notamment l’inscription du pays dans l’OTAN et dans l’Union européenne, et par ailleurs pour le coup de façon plus sévère, avec des exigences sur un certain nombre de territoires de l’Ukraine, dont la Crimée, le Donbass et ainsi de suite. Donc en fait on voit bien que s’il n’y avait pas d’ambition d’occupation ni de guerre totale, face à l’échec prévisible des négociations, mais surtout face à la montée en tension et l’hystérisation de la situation, cela peut amener pour le coup à une aggravation du conflit et des conséquences beaucoup plus lourdes que prévues avec une installation dans le temps et probablement des débordements sur des espaces tiers .
Dans cette situation, la France se retrouve dans une situation potentiellement dangereuse qui est lié à son appartenance à l’OTAN que j’ai systématiquement dénoncée et qui aujourd’hui plus que jamais me semble nous exposer collectivement, et c’est pour cela que ma première intervention portait sur le sujet. Il m’apparaît essentiel que nous évitions d’être pris dans des jeux d’alliance qui nous entraîneraient dans un conflit qui, contrairement à ce qui ne cesse d’être affirmé, ne nous concerne pas directement. Un chef de l’Etat qui aurait pour seul intérêt, l’intérêt de ses populations, en l’occurrence la défense de la population française, aurait eu, face aux prolégomènes de cette crise et en anticipant ses conséquences, une interrogation sur les raisons de sa participation au mécanisme de prise de décision de l’OTAN et notamment du commandement de la force de réaction de l’OTAN, qui est entre les mains aujourd’hui de la France. Il s’agit d’une force allant jusqu’à cinquante mille hommes qui ont vocation à être prépositionnés autour de l’Ukraine, de la Roumanie au Sud, jusqu’à l’Estonie au Nord, qui appartiennent à l’ensemble des nations qui participent à l’OTAN, en tout cas à des nations européennes, et qui a vocation, en cas de conflictualité avec l’un des membres de l’OTAN, d’être en capacité de se mettre en branle rapidement et d’être la première force de réaction à intervenir. La France en ayant pris pour des raisons calendaires, le commandement de cette force au moment du déclenchement de ce conflit se met dans une position qui est extrêmement dangereuse, encore une fois pour nous, qui nous amène potentiellement à être emportés dans une mécanique délétère et sur lesquels nous n’aurions pas prise ni le contrôle parce que, comme vous le savez évidemment, ce n’est pas nous qui prenons les décisions seuls dans ces dispositifs, alors même que pourraient se voir très rapidement touchés, par notre engagement en leur sein, les intérêts souverains de notre pays.

(…)

Un dernier point sur l’échec, le ridicule et le danger de la position française qui a tenté de traiter seule le conflit sans impliquer la Chine à un moment où justement c’était la seule puissance réellement en capacité de produire des bons offices sur ces questions, en coopération ou non avec les Etats-Unis. On se trouve aujourd’hui en fait dans une dynamique inexistante sur le point diplomatique, avec la Cour pénale internationale qui a annoncé hier sa volonté d’ouvrir une enquête sur la situation ukrainienne alors qu’on est sur un conflit qui, encore une fois aujourd’hui, est extrêmement limité en termes de pertes, notamment de pertes civiles et d’engagement, bien qu’il risque de se déployer à l’avenir si l’on continue sur cette voie, alors même que la logique institutionnelle de la Cour pénale internationale empêche théoriquement de prendre une décision de cet ordre-là avant plusieurs mois, dans le meilleur des cas, et en faits plusieurs années après avoir été saisie d’une façon ou d’une autre de ces situations. Ça a pris plus de dix ans en ce qui concernait l’Afghanistan, ça n’a même pas abouti. Idem en ce qui concerne la Palestine, on ne parle même pas des politiques migratoires européennes qui n’ont jamais été traitées, alors que la Cour en était saisie il y a trois ans. Il y a deux situations seulement, sur les dizaines et dizaines de situations sur lesquelles elle a eu à se prononcer – qui toutes ont pris plusieurs années avant qu’elle décide d’ouvrir une enquête – il y donc seulement deux situations sur lesquelles la Cour pénale internationale, enfin je devrais dire son Procureur, a accéléré le processus de façon complètement extraordinaire. La première, ça a été la guerre menée par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis en Libye en 2011. J’y étais employé, à la Cour à ce moment-là, il n’a pas fallu trois semaines pour que non seulement la Cour ouvre une enquête mais qu’en plus elle relaye à travers son procureur des rumeurs complètement fantaisistes sur des camions de viagra qui commençaient à être livrés à Benghazi et compagnie. Et donc aujourd’hui en Ukraine où il a fallu moins d’une semaine, quatre jours pour être exact. Encore une fois pour qui connaît ses institutions de l’intérieur, c’est une indécence absolue qui équivaut à cracher au visage de tous ceux qui croient sincèrement en la construction d’un ordre international juste et qui se retrouvent dans des situations où ils voient qu’il y a une instrumentalisation complète de leurs desseins, de leurs idéologies sous-jacentes et des idéaux qui sont censés sous-tendre son action. Voilà, j’ai sûrement oublié pas mal d’éléments, mais, comme je vous l’ai dit, c’était sans préparation préalable et juste avec quelques idées en tête que je voulais vous partager, donc maintenant beaucoup de demandes d’interaction donc je ne sais pas comment choisir, qui choisir ? On va prendre au hasard et on va vous dire, on va vous laisser intervenir.

Philippe Conte.@allore_conte
Bonjour Juan Branco. Selon, la formule consacrée, j’aime beaucoup ce que vous faites et je voulais rebondir sur non seulement notre participation à l’OTAN, qui est bien entendu un danger absolu, mais aussi sur l’adhésion en cours de l’Ukraine à l’Union européenne, puisque l’article 42 alinéa 7 du traité de l’Union européenne prévoit, en cas d’agression de l’un des membres une défense commune donc, si demain, même si l’Ukraine ne rentre pas dans l’OTAN, si elle rentre dans l’Union européenne, nous serions ipso facto obligés de la défendre contre l’agression. Donc cette adhésion qui actuellement a l’air de faire l’unanimité dans toute la classe politique et le Parlement européen vient même de voter en urgence, donc un souhait comme quoi l’accélération de l’adhésion doit se faire est un danger absolu. Qu’en pensez-vous et aujourd’hui, est-ce qu’on ne peut pas dire que l’Union européenne égale totalement OTAN? Merci beaucoup.

Juan Branco ✊@anatolium
Merci beaucoup. Philippe, ce serait évidemment une aberration absolue parce qu’il y a un devoir de solidarité qui s’impose entre l’ensemble des membres de l’Union européenne, comme vous l’imaginez bien et qui encore une fois pourrait, enfin serait synonyme d’une escalade immédiate ou quasi immédiate, alors même que l’on a encore une fois aucun intérêt à provoquer cette hystérisation. La seule lecture rationnelle qui ne s’appuierait pas sur une interprétation relative à la médiocrité, l’incompétence et peut être le délire mégalomaniaque, car je pense c’est ce qui a touché Emmanuel Macron pendant une phase de ce conflit – encore une fois avec l’énonciation d’exigences qui n’étaient pas à propos d’un point de vue diplomatique – mais aussi plus largement par un certain nombre d’acteurs de l’Union européenne, avec Boris Johnson qui est particulièrement excité sur cette crise dont on connaît son imprévisibilité manifeste, la seule lecture rationnelle du comportement de nos diplomaties est donc que l’on soit dans une ambition de changement de régime en Russie. C’est à dire que nous soyons en fait dans une situation où nos dirigeants fassent le pari plus ou moins silencieux, on l’a vu avec la déclaration de Bruno Le Maire, moins silencieux que plus, d’une bascule, en fait, que ce soit par le truchement d’un coup d’État au sein du régime russe ou d’un soulèvement populaire, ce qui me semble aberrant.

On n’a pas, contrairement à notre appareil d’État qui par ailleurs est particulièrement déficient sur l’analyse de ces questions – on l’avait vu lors des révolutions arabes qui avaient été complètement ratées par nos systèmes diplomatiques et nos services de renseignement, mais aussi par les nombreuses défaillances qui ont suivi depuis, probablement du fait qu’ils sont plus obsédés par la poursuite des opposants internes que d’une quelconque recherche de compréhension de ce qui se joue à l’extérieur – on n’a pas donc d’informations concernant l’état des forces notamment au sein du Kremlin, les fameux kremlinologues qui faisaient la joie des présentateurs, les commentateurs sous l’URSS, et qui sont beaucoup moins nombreux qu’avant. Poutine a parfaitement réussi à sceller son régime et à le rendre assez imperméable aux interférences et surtout aux écoutes extérieures, non pas d’un point de vue technologique, mais plus largement de diffusion de l’information sur les rapports de force internes. Un certain nombre de clans au Kremlin – apparemment Poutine semble paradoxalement faire partie des plus modérés – subsistent, Lavrov étant par exemple l’un des principaux poids lourds portant une position qui, selon un certain nombre de source, serait plus radicale que celle qui est portée par le Kremlin en ce moment, qui recueillerait plutôt l’assentiment du ministre de la défense, qui est très proche de Poutine. Evidemment, c’est un jeu, un ballet qui est joué entre ces différents acteurs et au sujet desquelles les fuites elles-mêmes sont souvent instrumentales. Rien en permet en toutes circonstances de deviner que s’il y avait effondrement ou rupture au sein du régime poutinien, cela ne risquerait d’amener à une sorte de radicalisation plutôt qu’à un apaisement. La question qui se pose par la suite quand on est dans ce genre de petit jeu qui consiste à déstabiliser des régimes que l’on considère nuisibles, c’est tout simplement le remplacer par quoi ? On a un système politique russe qui est très éloigné de la culture démocratique que peuvent en avoir certains, et je n’inclus pas la France d’ailleurs dans les régimes qui ont une culture démocratique approfondie – je pense que cette culture a été profondément dégradée ces dernières années. On a des rapports de force extrêmement brutaux entre des puissances économiques et oligarchiques qui pourraient amener une forme de guerre civile et on a des opposants comme Navalny qui bénéficie d’un appui populaire incertain et qui défend des idéologies qui sont particulièrement contestables avec des discours extrêmement réactionnaires et particulièrement violents à l’égard d’un certain nombre de populations locales minoritaires et qui par ailleurs ne présente comme qualité principale, au-delà de sa lutte contre la corruption, tout simplement d’avoir un discours extrêmement complaisant vis-à-vis du système occidental libéral et économique. Et donc en fait une représentativité relativement faible, à côté de quoi, un parti communiste qui a été extrêmement fragilisé par le rapport d’absorption et de mise en tension du système politique par Poutine, etc.

(…)

Philippe Conte.@allore_conte
excusez moi
je vais juste interrompre votre disgression extrêmement intéressante mais je voulais simplement savoir est-ce que l’Union européenne pas la Russie, l’Union européenne. Est ce que aujourd’hui on ne peut pas dire qu’on nous a toujours dit que l’Europe c’est la paix, est ce que aujourd’hui on ne peut pas dire que l’Union européenne c’est la guerre ?

Juan Branco ✊@anatolium
Alors je finis juste ma digression, je suis désolé mais c’est deux minutes de plus mais parce que c’est un élément essentiel. La Chine regarde ces mouvements et notamment à Moscou avec un appétit important. Et vous voyez bien en fait la position discrète qui a été adoptée qui lui permet en fait d’être gagnant gagnante quelle que soit l’issue du conflit. Il ne faut pas sous-estimer l’impact qu’aurait un effondrement du régime actuel sur la capacité de la Russie à se maintenir notamment à l’Est autour des zones frontalières avec la Chine et les pertes de ressources qui pourraient s’en déduire, et donc par conséquent la fragilisation de notre espace géopolitique qui pourrait, sans dire, basculer.
Donc pour répondre tout simplement sur l’Union européenne, en effet, on est sur une situation qui, de toute façon est dangereuse depuis longtemps, parce que l’Union européenne est un édifice institutionnel qui est dysfonctionnel par nature qui amène nos dirigeants à passer des jours et des jours dans des conclaves comme à la grande époque pour le coup du Kremlin soviétique pour prendre la moindre décision, souvent avec un résultat complètement catastrophique, comme on l’a vu sur la crise migratoire dont la gestion n’a satisfait personne qui a amené à la mort de cinquante mille personnes et qui a amené à la montée de discours identitaires en réaction à cette impuissance extrêmement déstructurante et coûteuse en vies humaines. On l’a vu sur la crise de l’euro, qui a suivi la crise de 2008 – parce qu’on est la seule région au monde à avoir une deuxième crise du fait des décisions catastrophiques prises par la Banque centrale européenne et par le Conseil européen à l’époque de monsieur Trichet qui mériterait la prison pour la façon dont il a failli amener notre continent à l’abyme. Bref on est sur une succession de crises dans lesquelles l’Union européenne s’est d’abord montrée incapable et impuissante et qui aujourd’hui la rend dangereuse de par, à l’inverse, une sorte de verticalisation hystérisante de la prise de décision sans aucune légitimité populaire pour le faire, avec des acteurs comme la présidente de la commission européenne ou le président du Conseil monsieur Charles Michel qui en fait sert de pantomime à des chefs d’état qui font passer par eux des décisions qu’ils n’ont pas envie d’assumer. Donc du coup une déprise démocratique encore plus importante et tous les dangers qui s’ensuivront. Est-ce que l’Union européenne peut in fine favoriser la guerre ? Je ne sais pas mais en tout cas, il y a une vraie réflexion à avoir quant aux dysfonctions qui habitent cet appareil de pouvoir. Voilà j’espère avoir répondu à votre question.
(…)
Merci. Abdoulaye ?
SORY@SORYAbdoulAziz
Oui et merci Juan pour la parole. Moi j’avais deux questions.
La première question, j’ai entendu le ministre de l’économie française qui dit qu’ils pourront peut-être sanctionner la Russie sur le plan économique. Je me demande comment c’est possible, est ce qu’il n’y aura pas un impact sur l’économie française ? Et la deuxième question, c’est vrai qu’elle n’est pas liée à la France mais c’est par rapport aux pays africains du Sahel qui commencent à changer un peu de partenaires pour pouvoir venir contrôler les terroristes et tout ça. Comment est ce que cette guerre aura un impact sur ceux-là ?
Juan Branco ✊@anatolium
Merci beaucoup Abdulaye. Donc on va répondre sur les deux points : les questions des sanctions économiques évidemment l’impact de façon générale, de l’aggravation de la situation géopolitique qui va être payée avant tout par les citoyens de tous les pays. En ce qui concerne la France par les citoyens les plus précaires, parce que l’augmentation des prix de l’énergie, que ce soit du gaz ou du pétrole qui permet de produire de l’essence par ricochet, va évidemment non seulement impacter directement notre façon de nous déplacer, nous chauffer, mais de façon indirecte va impacter les prix et notamment les prix des matières premières. Et on sait que par ailleurs, l’Ukraine et la Russie sont des producteurs de blé importants mais aussi d’un certain nombre de biens et de matières premières qui participent à la chaîne d’approvisionnement avec des éléments essentiels pour la production française, européenne et évidemment des citoyens du reste du monde. Et donc évidemment qu’on va payer les conséquences. D’ailleurs, Bruno Le Maire n’a pas osé le nier, il a dit qu’il allait essayer d’éviter au maximum qu’elles soient lourdes, ce qui en fait un vœu pieu en disant que par ailleurs c’était le prix à payer pour la paix et la liberté. Sauf qu’en annonçant par ailleurs une guerre totale économiquement parlant avec la Russie évidemment il ne sert pas du tout la paix, sauf encore une fois s’il s’inscrit dans la perspective d’un changement de régime, avec les dangers qui s’ensuivent. Or il faut quand même noter que le budget russe est à l’équilibre lorsque le pétrole est autour de quarante dollars, et aujourd’hui, le pétrole tourne autour de cent dollars. Donc si pour regarder l’impact des sanctions économiques et les effets que cette situation a sur le prix des matières premières qui alimentent notamment le budget de l’État et de l’économie russe par ricochet, on se rend compte que l’équation est peut être relativement mal calculée que par ailleurs, les sanctions économiques ont très rarement permis de produire des changements dans une situation géopolitique et à fortiori au sein d’un régime.
On l’a vu avec leur efficacité sur la Corée du Nord sur l’Iran et même sur le Vénézuéla , c’est à dire que quand on voit au contraire très souvent une sorte de durcissement du régime sur ces bases et avec des conséquences catastrophiques pour les populations. Et évidemment donc à la fois une situation qui va être catastrophique pour les citoyens français, pour les citoyens russes, à fortiori sans que l’on voit bien quel intérêt en tireront les Ukrainiens notamment dès lors que, encore une fois, on le voit mal, comment ce changement de régime pourrait produire un départ des forces russes. Il faut dire que le niveau d’engagement des forces russes en Ukraine est si important qu’on voit mal par ailleurs, comment Vladimir Poutine ordonnerait tout d’un coup un retour en arrière sans avoir obtenu des concessions extrêmement importantes qui, au-delà de la neutralisation de l’Ukraine, porterait probablement sur des situations, enfin sur des zones territoriales qu’ils souhaiteraient voir absorber et intégrer à la Fédération de Russie.
Et sur la deuxième question et l’impact sur le Sahel,
Il faut savoir qu’on est sur une situation qui est très complexe et qui encore une fois, est un échec majeur de la part de la France, non seulement au Sahel, mais plus largement sur sa politique africaine qui a longtemps été son pré carré, ce qui était important, non pas tant comme cela est souvent dit pour des questions d’accès direct à des ressources mais de pouvoir diplomatique et géostratégique. Le niveau d’échange économique est très faible, par exemple, entre le Mali et la France. C’est évidemment très différent pour le Niger et les ressources en uranium dont dispose ce pays, plus similaire pour le Centrafrique… mais qui débouche sur une situation contrastée en termes de ressources et de ce qui est le vecteur principal de dénonciation du néocolonialisme français de la part d’un certain nombre d’acteurs panafricanistes. C’est bien en termes géopolitiques et diplomatiques que doit être regardée la situation, c’est à dire qu’en fait la France est littéralement assise sur ses anciennes colonies en Afrique pour avoir un rôle déterminant notamment au sein du Conseil de sécurité, mais d’un grand nombre d’institutions internationales et pour à partir de là « rayonner » et continuer à jouer le rôle d’une puissance d’influence de premier plan, le tout au détriment des populations de ses anciennes colonies qui se retrouvent du coup dans une position d’asservissement diplomatiques, géopolitiques, de non mise en concurrence avec d’autres puissances, en ce qui concerne leur capacité à se déployer à ces niveaux, ce qui par ricochet produit d’importantes conséquences économiques.
Ce dispositif amène en effet notamment à la construction d’une économie de rente qui favorise des petites élites locales qui se construisent comme des potentats et qui en fait, n’ont aucune incitation à rendre productive les économies et tout simplement à servir leurs intérêts de leur population. Face à cette situation qui a perduré pendant de nombreuses années, il y a eu l’émergence d’un discours critique très légitime au sein des populations, qui s’est structuré ces dernières années, et du côté de la France, de la part des dirigeants français, une perte de sens sur les raisons de leur intervention sur ces territoires, concomitante à une mise en concurrence par des acteurs comme la Chine, et d’un point de vue plus similaire, de la Russie, avec donc notamment les conseillers en coopération militaire comme il les appellent, les divisions Wagner, qui se sont implantées au Centrafrique au Mali et ainsi de suite et qui ont commencé à concurrencer les appareils de protection qui avaient été mis en place par les Français pour les dirigeants africains, notamment leurs gardes rapprochées. C’est ce cocktail explosif auquel la France est aujourd’hui confrontée. Ce pourrait être le plus grand échec du quinquennat de Macron en termes de géopolitique, un grignotage progressivement par la Russie de son influence, très peu à des fins de pillage, de ressources, mais à visées géopolitiques.
Le pillage des ressources intervient en effet en gros pour rendre autonome les milices comme Wagner, c’est à dire leur permettre de se sustenter d’elle-même sans avoir besoin de financements extérieurs et, par ailleurs, afin de rendre riche leurs dirigeants, mais ne présente pas un intérêt économique plus important. Elle amène par contre par ricochet à une dégradation des conditions de vie pour un certain nombre de populations et in fine un statu quo pour les régimes ouest africains et de l’Afrique subsaharienne qui se retrouvent dans une situation d’asservissement réciproque. Cette mise en concurrence, doublée d’un statu quo voir d’une dégradation de la situation pour les populations, explique la déstabilisation qui a amené aux coups d’état récents qu’il y a eu dans un certain nombre de régimes ouest africains et avec une situation qui est donc partiellement corrélée avec les questions qui nous occupent aujourd’hui et aux concurrences de puissances, et aussi partiellement décorrelée, parce qu’entre temps nous avons assisté à l’émergence d’acteurs comme Kemi Sebab dont je suis l’avocat comme vous le savez probablement, qui commencent, à raison, à tenir un discours de plus en plus véhément concernant le souverainisme économique et diplomatique de ces états-là, jouent sur plusieurs tableaux en même temps entre les différentes influences qu’ils peuvent obtenir, différents soutiens des puissances étrangères pour in fine essayer de rendre à l’Afrique sa souveraineté avec un succès visiblement important, puisqu’ils arrivent à mobiliser beaucoup de personnes donc de créer des distorsions très importantes – on l’a vu au Burkina avec la colonne de militaires français qui a dû interrompre son chemin vers l’opération où elle se dirigeait à cause d’une manifestation. Cela a amené la France a décider d’un retrait progressif qui s’est imposé du fait de l’action de ces populations, elles-mêmes nourries par les interactions dont on parlait. Il reste à voir si …. Justement c’est la grande responsabilité historique d’acteurs comme Kemi Seba aujourd’hui. C’est maintenant de faire le pas supplémentaire de prendre leurs responsabilités et de s’assurer que ce ne soit pas au bénéfice du pillage d’autres acteurs économiques ou géopolitiques mais bien au profit des seules populations.
Voilà. J’espère que j’ai répondu à vos questions.
𝙇𝙊𝙍𝙀𝙉𝙕𝙊🔻φ 🐢@lcensur
Bonjour à tous et puis merci Juan pour ce space très intéressant dont je ne doute pas qu’il sera bientôt censuré par l’Union européenne pour cause de propagandes certainement dans les temps où on est. Bref vous posiez la question tout à l’heure du rôle que doit tenir la France, moi en ce qui me concerne, je pense que de toute façon elle doit jouer essentiellement le rôle qu’elle a quasiment toujours joué, c’est à dire principalement d’arbitre, d’observateur et d’arbitre entre parties prenantes sur un conflit quel qu’il soit, et parler avec la voix de la raison la notion des droits de l’homme enfin ces choses-là absolument pas un discours de va-t-en-guerre comme on a en ce moment absolument pas un discours comme celui qu’on a entendu chez Bruno LeMaire ce matin qui a dû faire marche arrière parce que effectivement côté russe on lui a dit : écoutez si c’est une guerre économique que vous voulez vous allez avoir une guerre réelle. Du coup il est revenu sur ses propos en les minorant parce que ça commençait à chauffer et moi je suis quand même conscient, comme certainement beaucoup de gens ici, que le rapport de force avec la Russie, ou d’une part, c’est des gens qui ont des missiles qui peuvent atteindre Paris en cinq minutes quand même en hypersonique, qu’ils ont des trucs avec des ogives il y a six ogives dedans. Ça peut détruire un État comme le Texas ou comme la France tout entière quasiment sur un seul missile. Donc le rapport de force est clairement défavorable et on n’a aucunement intérêt aujourd’hui je pense à tenir ce discours de gros bras puisqu’on n’a pas les gros bras quoi. Clairement donc voilà, il faut vraiment qu’à un moment donné on se repose sur des positions qui étaient les nôtres avant, c’est à dire d’arriver à tempérer les choses et autres. Là, on n’est absolument pas là-dedans et je ne sais pas où on nous emmène, mais franchement, ça craint quoi. Parce que le côté gouvernement d’amateurs fiers d’être des amateurs et autres. Aujourd’hui, ça risque de nous coûter quand même relativement cher. Qui plus est, les sanctions économiques. Effectivement j’entendais Bruno Le Maire ce matin, il dit les sanctions économiques c’est surtout effectivement pour déstabiliser l’économie et faire un retournement on va dire de la population contre ses dirigeants, ça marche dans des démocraties, mais pas dans des dictatures. Je veux dire à un moment donné, les victimes, ça va être le citoyen russe qui va être malheureux, qui va s’appauvrir encore, qui aura envie de se rebeller. Mais en aura-t-il des moyens de toute façon, contre l’État russe c’est impossible. Donc on est en train d’envoyer ces gens-là à la boucherie, en se donnant bonne conscience en disant c’est à eux quand même de montrer à Poutine qu’il va trop loin mais ils vont se faire massacrer. Enfin soyons clairs ce n’est pas une démocratie totale la Russie.
Donc je trouve ça complètement affligeant, qu’on ait ce discours-là aujourd’hui. Et il serait urgent qu’on revienne aux positions qu’on avait à l’époque. On était un grand pays, voilà, c’était tout ce que je voulais dire, merci.
Juan Branco ✊@anatolium
Merci Lorenzo. C’est une intervention qui est précieuse et importante et donc sur le fond c’est très clair, on voit par ailleurs que comme je l’ai révélé, je ne sais pas si vous avez vu sur mon compte, que les grandes marques de luxe dont LVMH, donc, de Bernard Arnault qui est le plus proche oligarque d’Emmanuel Macron, sont visiblement exemptées des sanctions parce qu’elles continuent à organiser des ventes privées, des sauteries pour oligarques en plein cœur de Moscou au moment où Kiev est encerclée. Et que, pour des donneurs de leçon, je pense à tous ceux qui, favorables au camp du gouvernement, insultent avec une violence extraordinaire quiconque tenterait de porter une voix alternative, ceux qui appelle un refroidissement du conflit, qui appellent à un retour à des positions plus modérées, il y a matière à s’interroger.
On voit bien en fait qu’ils ne se montrent absolument pas gênés par le fait qu’il y ait un rapport de compromission absolue par avec ce régime de la part de nos élites économiques qui continuent à se goinfrer parce que évidemment les revenus qui sont tirés de la spoliation de la population russe par les oligarques qui les dépensent ensuite en sacs Vuitton et autres produits de luxe ne reviennent pas du tout dans les poches des populations françaises et des employés de ces industries, qui sont en fait très peu nombreux, mais évidemment dans les poches leurs actionnaires et de la frange la plus favorisée de notre population. Donc on voit très bien et c’est la même chose, on pourrait en parler de l’industrie de l’armement qui va beaucoup bénéficier de cette crise. On voit bien en fait comment il y a tout un écosystème oligarchique qui se maintient en France et qui va rester préservé des conséquences de ces crises, et de l’autre côté le reste de la population qui va voir ses conditions de vie s’aggraver un peu plus, et là je parlais des finalités de notre prise de position, et le seul moyen pour retrouver une position intermédiaire qui consiste justement en une sortie de ces dispositifs comme l’OTAN qui nous, lient de toutes les façons possibles, à des alliances insensées. On l’a vu encore une fois, quand Biden a annoncé avec douze heures d’avance, les décisions qui étaient censées être prises au Conseil européen et ui ont été annoncées après plus de cinq heures de réunion de l’ensemble des chefs d’Etat, lors d’une conférence de presseà 2H du matin. Il les avait déjà annoncées dans son discours, si vous comparez le discours de Biden sur les premières sanctions, la première vague de sanctions et le discours qui a été tenu par la présidente de la Commission européenne, vers deux heures du matin le lendemain, c’est un décalque, c’est un copié collé .
Donc ces discussions n’ont servi à rien parce qu’évidemment la puissance américaine est tutélaire aujourd’hui sur ces questions, parce qu’elle est la seule à pouvoir assurer un rapport de force avec la Russie, et donc on se retrouve avec donc des institutions inutiles qui aggravent la situation plutôt qu’elles les favorisent. On a vu que Emmanuel Macron était sorti défait, si vous voyez les images, elles sont importantes, de cette conférence de presse, que très peu de personnes ont vues. Et c’est ce qui explique le retour au réel temporaire d’Emmanuel Macron, qui a cessé d’exiger dans la foulée des choses à la Russie, à la Biélorussie et à baisser d’un ton, en demandant un certain nombre d’éléments dans les communiqués suivants [un cessez le feu, l’ouverture d’un couloir humanitaire et l’absence de ciblage de populations civiles]. Il était défait, peut-être parce qu’il se rendait compte, comme un enfant un peu trop gâté, que sa toute-puissance avait ses limites et que il n’avait pas de capacité à mettre en branle une dynamique politique qui soit propre à l’Union. Là où on a une vraie difficulté, c’est que lui propose une fuite en avant, c’est à dire une souverainisation de l’Union européenne, qui nous amènerait en tant que nation à perdre nos attributs souverains, encore un peu plus, de façon à ce que ces prises de décision au sein du Conseil deviennent encore plus primordiales, y compris sur des sujets de défense. Et donc on voit bien comment cela créerait encore un point d’écart avec les populations qui seraient encore plus dépossédés de leur capacité à faire entendre leurs voix sur ces questions avec du coup pour conséquence une aggravation des tensions géopolitiques favorisées par tous ces lobbys qui ont intérêt à la guerre et à ces rapports de force. Donc une situation qui m’apparaît très dangereuse sur le moyen terme, avec encore une fois tous les éléments qu’on a déjà décrits sur la position de l’Allemagne et ainsi de suite.
On va prendre peut être une dernière série de questions parce que ça fait un peu plus d’une heure qu’on échange. Il y a beaucoup de questions. Je suis désolé pour ceux à qui je ne vais pas pouvoir donner la porale.
Kamil est en train de se connecter normalement. Abderrahman@kamilabderrahmn
Salut ! Alors j’ai bien entendu tous les constats qui sont faits dans le Space ? Mais au moment T, quand la Russie envahit l’Ukraine, qu’est ce qu’on fait ? Parce que c’est bien de faire tous ces constats. Alors oui, l’OTAN, bien sûr qu’on peut la critiquer. On sait très bien que c’est les États-Unis. Enfin, c’est l’influence américaine aujourd’hui qui dirige l’OTAN ? Quant la Russie envahit l’Ukraine, qu’est ce qu’on peut, qu’est ce qu’on fait ? On laisse faire et puis on attend qu’ils arrivent jusqu’en Moldavie et plus loin encore ? Merci pour la réponse.
Juan Branco ✊@anatolium
Merci il y a évidemment toute une série de mesures qui auraient pu être prises de façon autonome. Il faut se rendre compte que notre absorption dans… on parle de l’OTAN mais ce n’est pas que l’OTAN. De façon générale notre absorption dans le système atlantique qui a été construit dans l’après-guerre et auquel on a cédé à partir des années quatre-vingt fait que l’on est pris dans une série de priorisations stratégiques et géostratégiques qui ne sont pas les nôtres. Il y a évidemment les intérêts états-uniens mais il y a aussi les intérêts de l’Allemagne, de la Pologne, des pays baltes et de la Moldavie, de la Roumanie, ainsi de suite, qui de par leur agrégation dans une situation comme on celle que l’on est en train de connaître s’imposent naturellement aux priorités et intérêts de la France qui se retrouve relativement isolée si elle essaye de tenir une position différente au sein de ces instances, que ce soit l’Union européenne à 27 ou l’OTAN. Ce qui fait que l’on se retrouve dans une situation où par effets de glissements on est obligés d’accompagner une dynamique conflictuelle, pourquoi ? parce que en effet pour la Pologne, pour la Moldavie, pour la Roumanie et même éventuellement à terme pour la République tchèque, pour la Hongrie et un peu plus à distance, mais on y arrive pour l’Allemagne, il y a une inquiétude qui est naturelle et qui est réelle et qui là pour le coup ne peut pas être critiquée, c’est-à-dire qu’on a une intervention armée pour des raisons qui sont pour le moins contestables de la part d’une grande puissance nucléaire dans un contexte extrêmement friable où …
Kamil (qui interrompt)
Qui n’est pas à son premier coup. Enfin la Russie, elle fait peur on a vu… ça ne veut pas dire que les États-Unis font moins peur. On les a vus en Tchéchénie, on les a vus en Syrie, enfin on les a vus partout. Et quand on dit ça, ça ne veut pas dire qu’on prend le parti des États-Unis.
Juan Branco ✊@anatolium
Bien sûr. Donc c’est normal, cette peur est légitime pour les acteurs qui sont directement exposés aux conséquences de ces actes-là. Et moi je crois, pardonnez-moi, à une perspective qui est souveraine, qui consiste à dire quels sont les intérêts de la France ? Quels intérêts de la France sont menacés à un moment T, et c’est à partir de cette analyse-là que l’on doit mettre en œuvre une politique étrangère et éventuellement militaire.
Or en l’occurrence, pardonnez-moi ,mais nos intérêts par rapport à la crise qui a cours en Ukraine n’auraient dû être impactés qu’à la marte. Si l’on veut se placer sur un point de vue moral, en effet c’est pas bien, etcaetera. Mais dans ce cas-là, il y a mille autres conflits qui ne retiennent pas notre attention de façon similaire et on n’en fait pas le pataquès qu’on est en train d’en faire aujourd’hui. Cela ne justifie pas que l’on se retrouve sur un alignement de nos intérêts géostratégiques sur ceux d’autres acteurs du fait de notre implication dans un certain nombre d’institutions et d’alliances qui peuvent nous amener à une posture guerrière et à une mise en danger de nos intérêts alors même qu’il n’y a pas de raison de le faire. C’est cela et strictement cela que je remets en question.
Après sur le rapport de la Russie, à la géostratégie et à ses interventions militaires, il y a deux éléments qu’il faut séparer. Il y a d’abord, immédiatement condamnable et parfaitement scandaleux, c’est la façon dont les guerres ont été menées, comme vous le disiez en Tchétchénie, en Syrie, avec une violence extraordinaire, un mépris pour l’ensemble des conventions de Genève, tous les éléments de base du droit, du droit humanitaire en temps de guerre, et ainsi de suite. Et ça, c’est en effet une source d’inquiétude potentielle dans le cadre d’une conflictualité avec eux et de façon générale, une raison de s’opposer à ces formes d’agissement, et de prendre des mesures pour essayer de les limiter au maximum en termes de coopération militaire et ainsi de suite.
Et l’autre, c’est la question de l’intervention de la Russie dans son environnement stratégique proche, c’est à dire sur ces zones d’influence qui historiquement ont des liens avec elle, y compris en termes de langue, de culture et ainsi de suite, et qui l’amènent à des mouvements dont la légitimité peut être interrogée, c’est à dire que là, l’intérêt de la Russie à s’impliquer sur sa zone d’influence immédiate, alors même qu’en effet elle est dans un rapport conflictuel avec les acteurs occidentaux en étant détentrice d’un territoire qui est immense, qui est difficile à contrôler, qui voit ses zones d’influence reculer, etc, elle peut être discutée, mais je pense qu’il faut séparer ces deux éléments. Et c’est pour ça aussi que je faisais cette présentation sur les différentes étapes de la guerre en cours en Ukraine et le fait qu’il y avait justement de façon très explicite de la part de Moscou une volonté d’intervenir de façon « contrôlée » en Ukraine par rapport à ce que le régime a démontré être capable de faire dans bien d’autres territoires, intervention limitée dont on s’est regorgé en considérant que c’était un signe de faiblesse ou d’échec de la Russie ce qui me semble d’une immaturité, d’une naïveté absolue et extrêmement dangereuse et grave comme acte de la part notamment de Zelensky, parce qu’il a instrumentalisé cette première phase, alors même que c’était justement le signe qu’il était encore temps de négocier et que justement, la Russie était en train d’intervenir pour améliorer le rapport de force en sa faveur et imposer un certain nombre de gains stratégiques qu’elle n’avait pas pu obtenir autrement, mais non pas dans une optique de guerre totale comme elle est capable de mener dans d’autres territoires, avec les conséquences que cela aurait usr les civils. Et là où. au lieu de saisir cette fenêtre d’opportunité, on a essayé d’accroître le rapport de force en pensant qu’on était en position de force et on risque, par un accroissement des tensions, une aggravation très importante de la situation. Et ça me semble scandaleux. Enfin parce que ça montre une courte vue de la part de dirigeants et indécent parce que ça met en jeu avant tout les populations ukrainiennes qui sont mises en danger de façon très grave, encore une fois, par des dirigeants qui, contrairement au discours qui sont portés, n’ont que faire de leur devenir comme ils n’ont eu que faire du devenir des populations de mille autres conflits dans lesquels ils se sont impliqués et qu’ils ont nourri en prétendant à chaque fois défendre les droits humains. Voilà .
Donc, encore une fois, la capacité de la France à avoir une position singulière qui aurait été essentielle pour faire contrepoids à la panique, ou en tout cas à l’inquiétude forte et compréhensible qui a traversé les états baltes, la Pologne, la Roumanie, la Moldavie et par extension la République tchèque, la Hongrie, l’Autriche et l’Allemagne, ne s’est pas trouvée mise en oeuvre. Elle est complètement dissoute du fait de son appartenance à un certain nombre de dispositifs institutionnels, du fait aussi de l’incompétence de nos dirigeants et cela fait que, sans ce contrepoids et avec évidemment le Royaume-Uni qui joue sa partition va-t-en guerre comme d’habitude parce que le pays se sait protégé des conséquences que cela aurait sur le territoire européen, on se retrouve dans une situation qui créé un déséquilibre géopolitique qui me semble extrêmement grave et qui aurait pu être évité si la France avait joué son rôle historique.
Voilà merci pour ces questions qui étaient importantes
Quelqu’un qui a un surnom en alphabet autre que le nôtre
Bonjoir à tous. Une question assez simple. On l’a déjà traitée en partie. Je lisais ce matin dans le Monde diplomatique une citation d’un démocrate américain qui disait
« Si Poutine envahit l’Ukraine je voudrais qu’il sache qu’il aura du mal à acheter un soda dans un distributeur automatique dans les cinq minutes qui suivent »
Et je trouvais que cette phrase mettait bien en évidence les sanctions qui sont faites à l’encontre de la Russie et je me demandais si cette citation en particulier mais également d’autres actions, je pense à la déclaration de Bruno Le Maire dont nous avons déjà parlé de contribuer davantage à mettre le peuple russe du côté de M. Vladimir Poutine plutôt que de forcer Poutine à battre en retraite si je puis dire. Merci
Juna Branco
Merci de votre question. C’est un peu la réponse que je vous avais faite. On a vu les conséquences de ces sanctions ont eu dans d’autres circonstances. Elles produisent le plus souvent, certes, non pas un soutien accru au régime – cela peut arriver en ce qui concerne les franges les plus radicalisées, qui ont tout à perdre à l’effondrement du système qu’ils soutiennent – mais le plus souvent une apathie très importante, qui peut se transformer en colère mais qui rarement se transforme en soulèvement – et lorsqu’elle se transforme en soulèvement, avec le risque de bain de sang ou de reprise en main encore plus autoritaire, comme on l’a vu en Iran à plusieurs reprises, malgré toute l’assistance que les États-Unis avaient pu donner aux opposants au régime.
(…) j’espère que vous m’entendez toujours, je voudrais parler de l’incapacité de nos dirigeants à mettre en cohérence leurs actes et leurs discours. Ils savent très bien que cette posture, qu’ils adoptent notamment vis-à-vis de l’opinion publique en période électorale, de fermeté, de chef de guerre et ainsi de suite, ne peuvent pas se matérialiser dans des actes équivalents à l’intensité de leurs discours. Donc en fait, ils sont obligés de faire quelque chose et dans cette artificialisation, évidemment, des conséquences, dont une dégradation des conditions de vie de l’ensemble des populations qui sera payée par tous, le tout au profit de l’ego et des intérêts particuliers de ces dirigeants.
J’en profite pour répondre à une remarque qui a été faite sur la censure potentielle de ce Space. Ça me permet de vous faire part d’un élément par ricochet. Toutes ces expériences que j’ai eues, ces dix dernières années, au sein de ces institutions puis la sorte de désolidarisation partielle que j’ai mise en œuvre à leur égard, se sont accompagnées d’une extrême rigueur dans le fait de n’avoir aucune forme de compromission à l’égard d’une quelconque puissance étrangère, alors même que j’ai été énormément sollicité et poussé à ces fins-là et que la DGSI a joué un rôle pour le moins contreproductif en me plaçant dans la section sous surveillance dans sa section de contre ingérence et de contre-espionnage du fait de mon action auprès de Wikileaks. Je me suis toujours su particulièrement surveillé sur ces questions et j’ai fait très attention à n’avoir aucune forme de compromission d’aucune sorte, j’ai limité au maximum mes interventions, je n’ai jamais accepté d’intervenir sur Sputnik, sur Russia Today je ne suis quasiment intervenu que sur le plateau de Frédéric Taddeï pour des débats avec Michel Onfray, Renaud Girard à mon retour du Yemen ou l’ancien directeur du renseignement de la DGSE, Alain Juillet, alors que j’étais sollicité en permanence pour leurs journaux etc. J’ai refusé toute tentative d’absorption de façon générale dans ces espaces d’influences pour une raison très simple : je savais très bien que dès le moment qu’une situation comme celle-ci interviendrait, faire autrement m’aurait mis en porte-à-faux, et m’aurait empêché d’avoir une parole sincère et libre sur ces questions, au-delà du fait que ça aurait été évidemment utilisé par l’appareil d’état pour délégitimer ou faire taire un discours qui est extrêmement abrasives à l’encontre de nos dirigeants mais qui demeure et demeurera dans l’intérêt des populations françaises et de la nation française, qui sont celles pour lesquelles je me bats depuis un certain nombre d’années pour lesquelles on a fait beaucoup de sacrifices. Donc, c’est extrêmement compliqué parce que c’est évidemment toujours plus confortable quand vous acceptez tel ou tel soutien direct ou indirect, ça vous permet d’avoir de la visibilité, de l’argent, du confort et ainsi de suite. Mais ça aurait créé des formes de compromission réelles dont il est très difficile après de se débarrasser et qui du coup interdisent un discours qui soit sincère et construit et réellement indépendant. Donc, dans ces circonstances-là, en fait, je pense que ils vont avoir beaucoup de mal à nous piéger. S’ils le font, ce sera à travers des opérations de désinformation ou de déstabilisation, comme ils l’ont fait dans les jours qui ont précédé cette offensive. J’ai bien vu comment la pression s’est accrue mais pour l’instant, on tient bon.
Et je pense qu’on va, on va s’en tenir là parce qu’il faut que je retourne bosser mais je voudrais remercier tous ceux qui ont posé des questions. M’excuser auprès des très nombreuses personnes qui en ont posé, d’autres qui n’ont pas pu intervenir, on refera ça si ça vous semble intéressant et de toute façon on laisse ce Space, enregistré.
À l’inquiétude sur la censure, et pour répondre, sur le moyen terme, cela nous rappelle la nécessité de construire nos propres moyens de communication qui ne nous rendent pas dépendants des puissances étrangères qui ont leurs intérêts et le montrent de façon très claire sur ces conflits-là et n’ont aucune inhibition à l’idée de mobiliser leurs outils pour faire taire les voix qui pourraient les déranger. Voilà courage à tous, pas d’anxiété.

On continue à tenir et à se préparer à la bascule qui nous permettra de nous débarrasser de ces êtres avariés. Je vous embrasse très fort et merci d’avoir été là.

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