Je suis policier depuis quinze ans.
Hier soir, j’ai arrêté un homme. Il roulait à 90 km/h au lieu de 70, et zigzaguait. Dans ma tête, c’était clair : conduite dangereuse. Quand il a baissé sa vitre, il n’était pas ivre. Il tremblait.
— Ma fille… elle est à l’hôpital pour enfants. La chimio ne fonctionne plus. Ils m’ont appelé… ils m’ont dit de venir vite. J’ai regardé ses yeux. La peur, la vraie, ça ne se joue pas. J’ai rangé mon carnet.
— Suivez-moi, ai-je dit. Gyrophares allumés. Je l’ai escorté sur une vingtaine de kilomètres jusqu’à l’hôpital. J’ai dégagé chaque carrefour. Un trajet de trente minutes, fait en quinze. Il a couru vers l’entrée sans se retourner. Je suis resté sur le parking. Une heure. Juste au cas où. Quand il est revenu, son visage était vidé.
— Est-ce que je suis arrivé à temps ? ai-je demandé.
— Oui… J’ai pu lui tenir la main jusqu’au bout. Vous m’avez permis d’être là.
Il a voulu me serrer la main. Il s’est effondré contre moi. Parfois, servir et protéger, ce n’est pas appliquer la loi à la lettre. C’est savoir quand il faut être humain.